Le 12 octobre, à Rabat, Fatima Ezzahra El Mansouri a mis fin à deux semaines de tractations : le Parti authenticité et modernité (PAM), dont elle est issue, gouvernera avec l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS). L’accord, annoncé dans un communiqué commun, lui assure 207 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants. Il en fallait 198 pour disposer de la majorité absolue.
Le choix des partenaires n’allait pourtant pas de soi. Deux des trois formations qui rejoignent le PAM, l’USFP et le PPS, siégeaient jusqu’ici dans l’opposition. Avec l’Istiqlal, elles renouent avec une vieille histoire commune : celle de la Koutla, alliance qui a longtemps compté dans la vie politique marocaine. Le communiqué revendique une « proximité intellectuelle et politique » entre les quatre partis.
Akhannouch quitte la majorité
Le grand absent de cet accord est le Rassemblement national des indépendants (RNI). Son chef, Aziz Akhannouch, dirigeait le gouvernement depuis 2021, avec le PAM et l’Istiqlal comme partenaires. Arrivé deuxième aux législatives du 23 septembre avec 66 députés, le RNI ne fera donc pas partie de la nouvelle équipe.
Le PAM, vainqueur du scrutin avec 97 sièges, a préféré s’entendre avec les trois anciens partenaires de la Koutla. Selon le communiqué, les discussions ont porté autant sur le bilan de la précédente législature que sur les orientations du futur gouvernement. Les quatre partis promettent notamment de travailler sur la justice sociale, les libertés publiques et les écarts de développement entre les régions.
Une équipe à composer, un budget à présenter
Nommée le 29 septembre par le roi Mohammed VI, El Mansouri est la première femme appelée à diriger le gouvernement marocain. Ancienne ministre de l’Habitat et première femme maire de Marrakech, elle doit maintenant transformer cet accord politique en une équipe ministérielle.
Le 3 octobre, devant le Conseil national du PAM, elle avait précisé ses attentes : « Nous voulons des responsables politiques, des compétences, des personnes intègres, éthiques, porteuses de valeurs et prêtes à se sacrifier pour cette nation », avait-elle déclaré. Chaque formation proposera ses candidats, tandis que les discussions se poursuivent sur le programme commun.
La nouvelle équipe héritera de dossiers sensibles. Le chômage des jeunes, le coût de la vie et les difficultés d'accès aux soins et à l'éducation ont alimenté la contestation sociale au Maroc. L'année dernière, des manifestations de jeunes avaient notamment mis en cause les priorités budgétaires des autorités.
L’échéance du projet de loi de finances pour 2027 approche : il doit être déposé au Parlement au plus tard le 20 octobre. La nouvelle cheffe du gouvernement aura également à suivre les préparatifs de la Coupe du monde 2030, coorganisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.