Le Tassili n’Ajjer, dans le sud-est de l’Algérie, est surtout connu pour ses peintures et gravures rupestres. Mais ce vaste territoire saharien abrite également de nombreux vestiges funéraires témoignant de la présence humaine au fil des millénaires. Un récent inventaire archéologique réalisé dans la région d’In Azan-Tadrart vient de mettre en lumière l’ampleur de ce patrimoine encore largement méconnu.
Conduite du 21 septembre au 11 octobre 2026, à environ 250 kilomètres au sud-est de Djanet, la mission des équipes du Parc culturel du Tassili n’Ajjer a permis de recenser 510 sites archéologiques et naturels, dont 265 monuments funéraires. Le bilan, rendu public le 15 octobre, a été relayé le 21 octobre à Djanet par la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda.
Les monuments funéraires représentent ainsi près de 52 % des sites identifiés. L’inventaire comprend également 207 sites de surface, 29 sites d’art rupestre et neuf sites naturels. Les équipes ont exploré des oueds sablonneux, des reliefs rocheux et des falaises difficilement accessibles, nécessitant parfois des reconnaissances à pied.
Des sépultures dont l’histoire reste à établir
À ce stade, les informations disponibles ne précisent ni la typologie détaillée ni l’âge des 265 monuments recensés. Aucune campagne de fouilles n’a été annoncée. L’inventaire constitue avant tout une étape de repérage, indispensable pour documenter les vestiges et préparer d’éventuelles recherches.
Les monuments funéraires sahariens présentent des formes variées, allant de simples tumulus à des constructions plus complexes comprenant des cercles de pierres, des couloirs ou des enclos. Leur architecture et leur implantation peuvent renseigner les chercheurs sur les pratiques funéraires des populations qui les ont édifiés.
Une étude publiée en 2024 dans la revue L’Anthropologie par les chercheurs algériens Abdelkader Heddouche et Smail Iddir distingue onze types de monuments funéraires dans le Sahara central. Cette diversité architecturale rend leur classification complexe et souligne l’importance des fouilles et des datations pour établir leur chronologie.
Quand le Sahara était plus humide
Le Tassili n’Ajjer a connu, dans un passé lointain, des conditions climatiques très différentes de celles d’aujourd’hui. Ses peintures rupestres, représentant notamment des bovins, des hippopotames et des scènes pastorales, témoignent de périodes où l’eau et la végétation occupaient une place bien plus importante dans le paysage.
Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1982, le massif conserve des traces d’occupation humaine couvrant une longue période, de la Préhistoire aux premiers siècles de notre ère. Habitats, outils, poteries et sépultures permettent de reconstituer progressivement les modes de vie des populations anciennes.
Les monuments funéraires apportent notamment des informations sur le traitement des morts et les traditions des communautés. Leur répartition géographique peut également aider à comprendre les relations entre les populations et les territoires qu’elles occupaient.
Des recherches menées dans une autre partie du massif illustrent l’intérêt de ces vestiges. En 2015, une étude publiée dans le Journal of African Archaeology par Hayette Berkani, Antoine Zazzo et François Paris a présenté les premières datations au radiocarbone d’ossements humains provenant de tombes fouillées en 2011 sur trois sites du Tassili du Fadnoun.
Ces sépultures, caractérisées par des tumulus avec couloir et enclos, remontent à la fin du IVe ou au début du IIIe millénaire avant notre ère, soit environ 5 000 ans. Les chercheurs ont relevé des similitudes architecturales et chronologiques avec des monuments funéraires découverts sur le site d’Emi Lulu, dans le nord-est du Niger.
Ces rapprochements suggèrent que certaines traditions funéraires étaient partagées dans différentes régions du Sahara. Ils témoignent de possibles circulations humaines et culturelles entre des territoires aujourd’hui séparés par de vastes étendues désertiques. Toutefois, aucun lien direct ne peut être établi à ce stade entre ces sépultures étudiées et les 265 monuments récemment recensés dans la région d’In Azan-Tadrart.
Un inventaire au service de la préservation
La découverte intervient alors que Djanet accueille, du 21 au 23 octobre 2026, la deuxième rencontre scientifique internationale consacrée à la gestion et à la conservation de l’art rupestre du Tassili n’Ajjer. L’événement s’inscrit dans le cadre du premier Festival international de l’art rupestre en Algérie, organisé du 20 au 24 octobre.
Avec une superficie de 72 000 kilomètres carrés, le site classé par l’Unesco représente un défi important en matière de surveillance et de protection. En août 2024, une mission de contrôle menée dans la Tadrart avait déjà constaté la détérioration de plusieurs abris ornés, dont celui d’In-Oxam.
Le recensement des vestiges constitue donc une première étape pour mieux connaître le patrimoine, localiser les sites et identifier ceux qui nécessitent une protection prioritaire. Les discussions organisées à Djanet mettent également l’accent sur une gestion durable et inclusive, associant davantage les populations locales à la conservation de ces espaces.
Pour les 265 monuments funéraires identifiés, la prochaine étape scientifique reste à déterminer. Des études approfondies, des fouilles et des datations pourraient permettre de préciser leur ancienneté et leur appartenance à différentes traditions funéraires. Elles contribueraient ainsi à éclairer l’histoire du peuplement saharien et les transformations des sociétés qui ont vécu dans cette région.