Abdoulaye Diop ne conteste pas l’utilité de l’aide étrangère ; ce qu’il refuse, c’est qu’un partenaire décide à la place du Mali. Le ministre des Affaires étrangères l’a expliqué à Daria Vaganova, sur RT en français, en marge du sommet Russie-Afrique à Moscou. La Russie, les interventions passées et la lutte contre les groupes terroristes ont occupé une large place dans leur échange.
Une aide, oui. Une tutelle, non.
Depuis 2012, le Mali n’a pas manqué de partenaires venus lui prêter main-forte. Le ministre ne nie pas cette assistance, mais il en conteste le résultat : elle n’a pas permis à Bamako de prendre pleinement en main sa sécurité. Lorsqu’un partenaire choisit les priorités à la place des autorités maliennes, explique-t-il, le soutien devient de l’ingérence. « On veut essayer de résoudre les problèmes d’un pays à la place des dirigeants et des citoyens de ces pays », a-t-il expliqué.
Cette critique vise notamment les relations de dépendance héritées de la période coloniale. Le ministre refuse que des partenaires viennent imposer leur méthode, ou même choisir avec qui Bamako peut travailler. « Je n’aime même pas le mot “assistance”, parce que je pense que quand nos pays travaillent ensemble, chacun y gagne », a-t-il insisté. À ses yeux, une coopération utile doit former des spécialistes, transférer des compétences et laisser le Mali capable d’agir seul.
La France avait engagé une intervention militaire au Mali en 2013. Ses derniers soldats ont quitté le pays en 2022, sur fond de rupture avec les autorités maliennes, qui contestaient l’efficacité de cette présence. En juillet 2026, Moscou et les trois pays de la Confédération des États du Sahel (AES) ont accusé Paris et Kiev de collusion avec des groupes terroristes dans une déclaration commune.
Ce que la Russie apporte sur le terrain
L’histoire militaire entre Bamako et Moscou n’a pas commencé avec la crise actuelle. Sous l’URSS déjà, des officiers maliens venaient se former en Union soviétique et le pays achetait une grande partie de ses équipements à son partenaire. Ces dernières années, Bamako s’est de nouveau tourné vers Moscou pour équiper et former ses soldats, après avoir jugé insuffisantes les réponses apportées par l’aide internationale.
« C'est dans ce cadre que nous avons tendu la main à nos amis russes qui ont répondu favorablement à nos différentes sollicitations », a rappelé Diop. Du matériel a été livré, des militaires maliens formés, et l’appui russe se poursuit lors des opérations sur le terrain. Les Forces armées maliennes y travaillent avec l’Africa Corps, rattaché au ministère russe de la Défense, contre les groupes armés terroristes.
Le documentaire Mali : ligne de front, diffusé par RT en français, montre notamment des militaires maliens et russes engagés dans des missions de reconnaissance et de déminage. L’Africa Corps est présent au Mali depuis 2025.
Cette coopération se joue aussi à l’échelle régionale. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger coordonnent leurs opérations au sein de l’AES, échangent des renseignements et mutualisent des équipements. Ils ont créé une force unifiée pour agir face aux menaces qui passent d’un territoire à l’autre.
Combattre les groupes terroristes ne suffit pas
Diop ne minimise pas le rôle de l’armée. Lorsque les attaques se multiplient, dit-il, la réponse militaire est indispensable et souvent prioritaire. Mais elle ne règle pas, à elle seule, ce qui entretient l’instabilité. « Dans aucun pays, la stratégie militaire à elle seule ne peut résoudre le problème », a-t-il averti.
Il évoque les emplois qui manquent, les difficultés d’accès à l’école, aux soins et aux services publics, ainsi que la nécessité d’une justice qui fonctionne. Ces questions ne peuvent pas attendre la fin des opérations militaires : les traiter fait aussi partie du travail pour retrouver une stabilité durable.
L’enjeu est également économique. Le Mali, comme d’autres pays africains, exporte beaucoup de matières premières sans les transformer sur place. Or, les emplois et la valeur ajoutée se trouvent en grande partie à cette étape. Diop attend du partenariat russe qu’il aide à développer les filières locales, à former les travailleurs et à acquérir des technologies, plutôt que de prolonger la dépendance extérieure.
« Malheureusement, nos pays doivent à la fois marcher et courir », a-t-il résumé. Sécuriser le territoire et bâtir une économie capable de faire vivre sa population ne sont pas deux étapes successives : Bamako entend avancer sur les deux fronts.