Interrogé le 7 octobre sur RTL au sujet des consignes données aux forces de l’ordre dans le contexte des mobilisations lycéennes, le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez a indiqué que le président de la République avait rappelé la nécessité de « maintenir l’ordre » et d’intervenir en cas de violences graves, notamment urbaines.
Selon le ministre, le chef de l’État a toutefois demandé que ces interventions soient menées « avec la plus grande proportionnalité », conformément aux directives déjà transmises aux forces de sécurité intérieure. Le ministre a également insisté sur le besoin d’expliquer davantage la doctrine d’intervention des forces de l’ordre et de faire preuve de pédagogie.
Nuñez a souligné qu’en cas de manifestations pacifiques, y compris lorsque des lycéens se rassemblent devant leurs établissements, « il n’y a pas de raisons d’intervention de police ». Il a ainsi distingué les rassemblements pacifiques des situations marquées par des violences ou des dégradations nécessitant une intervention.
« Pas de retenue » en cas d'intervention nécessaire
Le ministre est ensuite revenu sur une déclaration qui lui avait été attribuée ces derniers jours, selon laquelle il aurait demandé de ne donner « aucune consigne de retenue » aux forces de l’ordre.
« Je n’ai pas à assumer une phrase que je n’ai pas dite », a-t-il répondu, affirmant que les instructions adressées aux forces de sécurité intérieure avaient été formulées par écrit. Il a expliqué avoir voulu dire qu’il n’y avait pas de « retenue » lorsque l’intervention était nécessaire face à des violences.
Il a néanmoins ajouté que ces interventions devaient être conduites « dans la plus grande proportionnalité » et dans le respect du cadre légal.
Nuñez a par ailleurs défendu le rôle des forces de l’ordre dans la protection des élèves et des enseignants. Il a évoqué environ 200 élèves blessés, chiffre communiqué la veille par le ministre de l’Éducation nationale, précisant que ces blessures étaient pour la plupart liées à l’action de manifestants ou de personnes extérieures, ou à des accidents, et « très rarement » à celle de la police.
18 enquêtes de l’IGPN en cours
Interrogé sur les blessures graves survenues lors des mobilisations, notamment des mains arrachées ou des lésions aux yeux et au visage, le ministre a renvoyé aux enquêtes ouvertes, qui doivent déterminer si les interventions des forces de l’ordre ont respecté le principe de proportionnalité.
« Il y a des enquêtes en cours et qui détermineront s’il y a eu proportionnalité ou pas dans ces actions », a-t-il affirmé.
Nuñez a ensuite évoqué le cas survenu à Lens, où un jeune a eu la main arrachée. Il a indiqué avoir demandé, la veille, que certains types de grenades, dont une grenade assourdissante susceptible d’avoir été utilisée dans cette affaire, ne soient provisoirement plus employés dans le cadre du mouvement lycéen.
« On a un jeune qui a eu la main arrachée, on a besoin de comprendre ce qui s’est exactement passé en attendant que la lumière soit faite », a-t-il justifié.
Le ministre a aussi indiqué que 18 enquêtes de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) étaient en cours ce mercredi matin, tout en précisant qu’une enquête ne préjuge pas de son issue judiciaire.
Le ministre défend les policiers
Au sujet d’un policier ayant utilisé un lance-grenades contre un lycéen de 14 ans, Nuñez a rappelé que l’agent avait été mis en examen pour violences volontaires.
« Cela ne fait pas de lui un coupable, mais la justice suit son cours », a-t-il déclaré, appelant parallèlement à ne pas « accabler » les policiers.
Le ministre a aussi insisté sur l’importance d’adapter la gestion des mobilisations à l’âge des manifestants. « On ne gère pas un mouvement de lycéens comme on gère un mouvement d’adultes », a-t-il estimé.
S’agissant de la présence de parents portant un brassard blanc lors de certaines manifestations, Nuñez a considéré qu’il ne s’agissait pas d’un échec des forces de l’ordre. Au contraire, selon lui, elle peut contribuer à éviter les débordements et à faciliter le dialogue avec les forces de sécurité.
Alors que le mouvement lycéen pourrait s’amplifier, le ministre a reconnu une « inquiétude » et a appelé à rechercher des solutions de dialogue, tout en réaffirmant la nécessité, pour son ministère, de maintenir l’ordre public.