Cette attaque massive a frappé Intermarché, Coopérative U, Carrefour, Monoprix et E.Leclerc. Les meubles froids de rayons entiers se sont transformés en étuves, condamnant des stocks à la destruction.
Le président-directeur général (PDG) de Coopérative U Dominique Schelcher a dénoncé sur le réseau social X une action « d’une extrême gravité et inédite » visant « des équipements essentiels à la conservation des produits frais et à l’approvisionnement alimentaire des Français ».
Une faille dans des logiciels obsolètes
Les pirates ont exploité d’anciennes versions du logiciel de régulation Danfoss (systèmes AK-SM800 et AK-SC355), encore largement déployés et connectés à Internet sans réseau privé virtuel (VPN). Ces équipements en fin de vie ne reçoivent plus de mises à jour de sécurité.
En forçant un dégivrage continu, les auteurs de l’attaque ont fait grimper la température des installations à 50 °C. À Haguenau (Bas-Rhin), la gérante de l’Intermarché Sophie Matt a constaté les dégâts : « Les pirates sont parvenus à propulser de l’air à 50 °C dans nos congélateurs. » Elle évalue ses pertes à 50 000 euros. Le bilan grimpe jusqu’à 200 000 euros dans certains hypermarchés.
Au moins 300 points de vente Intermarché et Netto, près d’une centaine de Coopérative U, 80 Carrefour et 5 % des Monoprix ont été touchés.
Le hacker SaxX, très présent sur les réseaux sociaux, estime de son côté qu’« il est difficile de faire une attribution dans les premières heures de l’attaque informatique ».
Le parquet de Paris a ouvert une enquête, confiée à l’Office anticybercriminalité, après des « départs de feu » signalés. L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), saisie par le Premier ministre Sébastien Lecornu, a identifié la vulnérabilité et appelé à déconnecter ces contrôleurs d’Internet ou à renforcer le filtrage réseau.
À l’échelle nationale, les pertes se comptent déjà en millions d’euros, avec un gaspillage alimentaire massif. Cette nouvelle attaque illustre un peu plus la vulnérabilité numérique de la France, comme le souligne l’éditorialiste François Lenglet.
Un rapport choc de l’Anssi, paru durant l’été, pointait déjà du doigt les failles de l’État français en matière de cybersécurité avec notamment une centaine de failles en deux mois seulement.