Face aux prises de position d’un ancien président de la chambre criminelle de la Cour de cassation, les avocats de la présidente du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale Marine Le Pen ont saisi l’instance disciplinaire. Ils dénoncent une analyse qu’ils jugent contraire au droit et préjudiciable à l’impartialité de la justice en période préélectorale.
Dans la revue Droit pénal d’octobre 2026, puis dans un entretien au Monde, Didier Guérin, président de chambre honoraire, affirme que « l’exécution provisoire des 5 ans d’inéligibilité prononcée par le tribunal correctionnel de Paris se poursuit pendant la procédure de cassation et qu’en l’état, la demanderesse demeure inéligible ».
Selon lui, Marine Le Pen, en tête dans toutes les études d’opinion, resterait donc empêchée de se présenter à la présidentielle de 2027. Sa thèse s’oppose à celle du procureur général près la Cour de cassation Rémy Heitz, qui avait rappelé que « le pourvoi en cassation suspend l’exécution de l’arrêt » et que faire revivre le jugement de première instance priverait l’intéressée d’une voie de recours effective.
Sur le réseau social X, Marine Le Pen a elle-même réagi en détaillant la démarche : elle accuse le magistrat de développer « des thèses à finalité en réalité purement politiques » et d’enfreindre le devoir de réserve.
Les avocats de Marine Le Pen, parmi lesquels Rodolphe Bosselut, François-Henri Briard, Stéphane Bonichot et David Dassa-Le Deist, s’élèvent contre une telle lecture. « Sur le fond, on s’oppose catégoriquement à cet avis dont les références sont étrangères à notre dossier », soulignent-ils.
Ils estiment que Didier Guérin, en se prévalant de sa qualité d’ancien haut magistrat, sort de l’arène judiciaire, prend en défaut les membres actuels de la Cour et se montre déloyal envers la défense. Dans leur plainte, ils demandent qu’il soit privé de son honorariat, rappelant que les magistrats honoraires doivent s’exprimer de façon discrète et mesurée pour ne pas compromettre l’image d’impartialité et de neutralité de l’institution, particulièrement en période préélectorale.
L’avocat Régis de Castelnau a commenté, ironisant sur des analyses « qui ne s’inscrivent pas dans le réel » et estimant que la candidate, en lice depuis début juillet, demeure politiquement éligible.
Le débat survient alors que la procédure en cassation avance. Les mémoires en défense ont été déposés, les parties disposent jusqu’au 1er décembre pour y répondre, et la Cour doit purger les questions prioritaires de constitutionnalité d’ici mi-décembre. Une course contre la montre s’engage, dont l’issue, attendue deux semaines avant le premier tour, pourrait peser lourd sur la présidentielle.