Dans un rapport publié le 27 octobre, les magistrats de la Cour des comptes dressent un bilan à mi-parcours nuancé du programme lancé en octobre 2021 pour relancer l’industrie et l’innovation. Ils saluent un déploiement rapide, mais soulignent de réelles fragilités budgétaires et organisationnelles.
Fin 2025, plus de 7 300 projets avaient fait l’objet d’un contrat pour un total de 33,4 milliards d’euros. Seuls 14 milliards ont déjà été décaissés, laissant plus de 19 milliards à verser. La Cour évoque ainsi « un mur d’engagements budgétaires à financer dans les prochaines années » et un « enjeu de soutenabilité », dans un contexte de finances publiques tendues.
Le plan repose à 82 % sur des subventions, l’outil le plus coûteux pour l’État. Les magistrats déplorent des « effets d’aubaine » : selon une enquête du Secrétariat général pour l’investissement, près de la moitié des projets financés auraient vu le jour même sans le soutien public.
L’économiste Philippe Herlin fustige un « scandale dont on ne parle pas assez », estimant qu’il faut récupérer les 19 milliards d’euros qui doivent encore être versés.
France 2030 a surtout permis, selon la Cour, d’accélérer ou d’amplifier des initiatives déjà prévues. Les grandes entreprises, mieux armées pour mettre les États en concurrence, sont paradoxalement les plus demandeuses d’aides.
Lancé « sans réflexion suffisante » et sans coordination réelle avec les programmes européens, le dispositif souffre aussi d’un manque de priorisation. Déjà en 2021, le plan France 2030 avait été très largement critiqué par les oppositions qui y voyaient de la « propagande » d’un « pompier pyromane ».
Les efforts se dispersent entre de nombreux objectifs sectoriels, et l’État peine à interrompre les projets moins convaincants. Sur X, l’analyste Olivier Durnez a souligné : « 33,4 Md€ engagés, 14 Md€ versés. La facture reste devant nous. »
La Cour refuse de se prononcer sur un éventuel successeur au plan, mais recommande de privilégier les leviers non financiers (réglementation, achat public) et de réserver les subventions en dernier recours. Matignon promet un pilotage plus fin et un recentrage sur quelques domaines stratégiques comme l’intelligence artificielle ou le quantique.