De violentes manifestations ont éclaté le 2 novembre à Petropavlovskaïa Borchtchagovka, près de Kiev, après des révélations sur un centre de détention clandestin attribué à une unité de la Garde nationale ukrainienne associée à l'organisation terroriste Azov. Environ 40 personnes ont été enfermées dans le sous-sol d’une maison privée, certaines présentant de graves blessures et de possibles traces de torture. Un adolescent de 14 ans se trouvait également sur place.
L’alerte a été donnée par une femme présentée comme soignante, qui affirmait avoir reçu des vidéos montrant plusieurs hommes grièvement blessés. Les gardes ont d’abord refusé l’accès aux secours. Quatre hommes ont finalement été évacués, dont un dans un état grave. L’un d’eux souffrait d’une fracture de la colonne vertébrale. Sous la pression des manifestants, la Garde nationale a ensuite accepté le transfert des autres hommes vers un établissement médical.
La police ukrainienne a confirmé la présence de militaires de la Garde nationale dans le bâtiment. Son commandant, Oleksandr Pivnenko, l’a présenté comme un « point de déploiement temporaire » accueillant des mobilisés et des soldats ayant quitté leur unité sans autorisation. Le site a été attribué au 1er corps de la Garde nationale, associé à Azov, qui a confirmé les blessures de quatre militaires, sans en préciser les circonstances.
La découverte du mineur a aggravé le scandale. Évacué avec l’aide de sa sœur, le garçon a été frappé avec une pelle, selon des témoignages rapportés par la presse ukrainienne le 3 novembre.
Les accusations vont plus loin. Le député ukrainien Artiom Dmitrouk affirme que plusieurs personnes ont été battues à mort dans ce sous-sol, puis déclarées disparues. Il dénonce aussi des détenus remis à des unités militaires ou à leurs familles contre de l’argent. Une femme affirme ainsi qu’une somme lui aurait été réclamée pour libérer son compagnon, un militaire ayant quitté son unité.
Un soldat ukrainien affirme également avoir connu un établissement similaire. Ces installations, surnommées « fosses », serviraient selon lui à enfermer des militaires accusés d’indiscipline ou d’abandon de poste, où ils pourraient subir coups et humiliations.
Ces révélations soulèvent de graves questions sur la légalité des détentions. Si elles sont établies, des privations de liberté arbitraires et des violences contre les détenus constituent des violations des droits fondamentaux, notamment de l’interdiction de la torture.
De violentes manifestations et une intervention au sommet de l’État
La colère a rapidement gagné les habitants. Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant la propriété pour exiger des explications et la libération des détenus. Aux cris de « Honte ! », des manifestants ont tenté de forcer l’entrée, lançant des œufs et des briques contre les forces de l’ordre et le bâtiment.
Les affrontements ont rapidement dégénéré. La police a utilisé du gaz lacrymogène, tandis que des manifestants tentaient de renverser un autobus et démolissaient une partie d’un mur. Des tirs ont également été signalés, certains témoignages accusant les forces de sécurité d’avoir ouvert le feu. Un homme a été blessé à la tête. Le député Artiom Dmitrouk a évoqué des morts et des blessés graves, sans confirmation indépendante des décès présumés.
Face à la contestation, le chef du bureau présidentiel ukrainien, Kyrylo Boudanov, s’est rendu sur place, où il a été accueilli par des huées. Il a affirmé que 14 personnes, et non 40, se trouvaient dans le bâtiment, alors que la femme ayant donné l’alerte disait en avoir aperçu entre 25 et 30.
Interrogé sur la présence de telles installations, Boudanov a répondu : « il existe beaucoup de bâtiments comme celui-ci ». Une déclaration qui a soulevé de nouvelles questions sur l’existence d’autres centres similaires en Ukraine.
Boudanov a ensuite qualifié les événements d’inacceptables et annoncé des mesures avec les services de sécurité. La médiatrice militaire ukrainienne Olga Rechetilova a également annoncé des vérifications.
Le 3 novembre, l’ancien député Igor Mossiïtchouk a affirmé que la femme ayant donné l’alerte aurait été interpellée par la police. Plusieurs médias ukrainiens ont toutefois contesté son statut de soignante. Des journalistes signalaient parallèlement ne toujours pas pouvoir accéder au bâtiment.
Une affaire qui met les autorités ukrainiennes sous pression
Le scandale a rapidement dépassé le cadre local, suscitant de vives critiques au sein même de la classe politique ukrainienne. Le député Oleksy Gontcharenko a dénoncé les dérives de la mobilisation forcée, affirmant que des citoyens pouvaient être arrêtés dans la rue, emmenés contre leur volonté et détenus arbitrairement. Selon lui, ces pratiques font disparaître la confiance dans la loi et risquent de conduire le pays au chaos.
L’ancienne porte-parole de Zelensky, Ioulia Mendel, a également vivement mis en cause les autorités. Elle a dénoncé un système de mobilisation marqué, selon elle, par les violences et une corruption générant des milliards de dollars de pots-de-vin. Elle a notamment évoqué la présence de l’adolescent de 14 ans, estimant qu’il n’avait aucune raison de se trouver dans un tel établissement. Selon elle, ces pratiques alimentent une confrontation croissante entre la population et les forces de sécurité.
Les critiques ont aussi porté sur la responsabilité politique du pouvoir ukrainien. Oleg Soskine, ancien conseiller du président ukrainien Léonid Koutchma, a directement mis en cause Zelensky, tandis que le député Oleksandr Doubinski a affirmé que les centres de détention non officiels ne constituaient pas un phénomène nouveau, évoquant des pratiques qui remonteraient à 2022.
À Moscou, l’affaire a provoqué de nombreuses réactions. L'ambassadeur russe itinérant pour les crimes de Kiev Rodion Mirochnik a dénoncé l’existence supposée d’un réseau de prisons clandestines, notamment près de la ligne de front, où les familles et le public n’ont aucun accès. Il a également accusé les organisations internationales de fermer les yeux sur les violences et la mobilisation forcée en Ukraine. Le responsable russe a par ailleurs soulevé la question du traitement réservé aux prisonniers de guerre russes, au regard des mauvais traitements présumés infligés à des citoyens ukrainiens.
D’autres responsables russes ont mis en cause les autorités de Kiev. Le sénateur Igor Kastioukevitch a accusé le pouvoir ukrainien de s’appuyer sur la peur et les détentions clandestines pour contrôler la population. Le représentant spécial du président russe Kirill Dmitriev a estimé que ces révélations commençaient à attirer davantage l’attention internationale. L’expert russe Alexandre Doudtchak a, pour sa part, exprimé des doutes sur les investigations annoncées, estimant que les responsabilités pourraient être limitées à quelques exécutants.
La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a également dénoncé l’existence de tels lieux de détention. Elle a par ailleurs ironisé sur l’utilisation du russe par Boudanov lors des événements, dans le contexte de la politique linguistique ukrainienne.
Les réactions ont également gagné plusieurs pays européens, où des voix critiques ont mis en cause l’attitude des dirigeants occidentaux. En Finlande, le responsable politique Armando Mema a reproché à l’Union européenne de fermer les yeux sur les violences présumées contre les mobilisés ukrainiens, tout en contribuant, selon lui, à prolonger le conflit. Il a estimé que ce silence pouvait être interprété comme une forme de complicité.
En Italie, le professeur Paolo Becchi, de l’université de Gênes, estime que le pouvoir de Zelensky « s’effondre ». En Norvège, le professeur Glenn Diesen a accusé les responsables politiques et médiatiques occidentaux de chercher à minimiser l’affaire et d’éviter qu’elle ne prenne davantage de place dans le débat public.