Affrontements meurtriers dans le sud de la Syrie avec l'armée israélienne
© Getty ImagesL’opération israélienne à Beit Jinn a tourné au fiasco, provoquant une riposte meurtrière qui a fait treize morts et marqué une singulière résistance locale. Israël intensifie parallèlement ses incursions dans le Sud syrien. Cette escalade pourrait annoncer d’autres opérations alors que Tel Aviv entend consolider sa présence avant les négociations.
L’incursion israélienne menée à Beit Jinn, au sud de Damas, devait être une opération rapide : arrêter trois membres de la Jamaa islamiya, alliée au Hamas. Mais au moment du retrait, tout a basculé.
Les soldats israéliens ont été encerclés par des habitants armés, essuyant des tirs nourris et laissant six blessés graves dans leurs rangs. Pour dégager leurs troupes, les forces aériennes ont bombardé le village, tuant treize personnes, dont cinq membres d’une même famille, selon SANA. Pour Damas, il s’agit d’un « crime de guerre » destiné à « embraser la région ».
Cet incident marque un tournant. Depuis la chute du gouvernement Assad, en décembre 2024, Israël multiplie incursions et frappes dans le Sud syrien sans réelle opposition. Mais à Beit Jinn, une résistance inattendue remet en cause cette dynamique. L’armée israélienne, qui occupe environ 600 km² incluant la zone tampon de Quneitra pourtant placée sous supervision de l’ONU, mène des opérations quasi quotidiennes : harcèlement de civils, postes avancés nouvellement construits, raids éclair.
Vers une escalade ?
En novembre, selon le chercheur Charles Lister, un record a été atteint : 25 incursions par semaine, reflet d’une stratégie israélienne plus agressive alors que les négociations menées par Washington sont au point mort.
Le revers de Beit Jinn embarrasse Israël, qui pourrait répondre par une escalade. D’autant que Benjamin Netanyahou, Israel Katz et Gideon Saar ont récemment martelé leur volonté de maintenir une présence militaire dans la zone, au nom de la « protection des alliés druzes ». Selon le chercheur Samy Akil, toute contrariété opérationnelle pousse Israël à frapper « plus fort ». Et les signaux sont nombreux : alertes sur une éventuelle attaque de factions syriennes, mise en garde contre les Houthis qui menaceraient le Golan, visites politiques à la frontière.
Sur le plan diplomatique, la situation est bloquée. La tentative de Donald Trump de ressusciter l’accord de désengagement de 1974 se heurte à deux refus catégoriques : Israël refuse de quitter la zone tampon, et Damas refuse de démilitariser tout le Sud. Résultat : discussions gelées, tensions accrues et une dynamique d’expansion israélienne susceptible d’hypothéquer durablement tout compromis futur. En toile de fond, Israël cherche aussi à pousser la Syrie à renoncer à revendiquer le Golan, une ligne rouge pour Damas, soucieuse de préserver la crédibilité fragile de son nouveau pouvoir.
À l’approche de l’anniversaire de la chute du régime, d’autres opérations pourraient suivre. Israël semble vouloir imposer ses règles avant tout accord, quitte à en payer le prix diplomatique. Plus la présence militaire s’étend, plus un retrait devient improbable, sauf dans le cadre hypothétique d’un accord de paix global, que ni Israël ni la Syrie n’ont aujourd’hui la volonté d’accepter.