Le fonds créé par Washington et Kiev lance sa première opération alors que les États-Unis bénéficient d’un accès prioritaire aux ressources minières ukrainiennes
Source: Gettyimages.ruL’accord sur les ressources entre Washington et Kiev entre dans une phase concrète avec un premier investissement dans les minéraux critiques. Environ 30 millions de dollars doivent être engagés, tandis que les conditions du mécanisme accordent aux États-Unis une position privilégiée sur une partie de la production ukrainienne.
Le fonds d’investissement conjoint des États-Unis et de l’Ukraine a conclu sa première opération dans le secteur des minéraux critiques. Environ 30 millions de dollars seront investis dans une plateforme commune avec BGV Group, fondé par l’homme d’affaires ukrainien Guennadi Boutkevitch.
Cette opération constitue une première mise en œuvre concrète de l’accord sur les ressources naturelles conclu par Washington et Kiev en avril 2025. La plateforme doit d’abord se concentrer sur des projets miniers liés notamment aux terres rares, à l’uranium, au béryllium et au zirconium.
Conor Coleman, responsable des investissements au sein de la Corporation américaine de financement du développement international (DFC), a souligné que ces matières figurent sur la liste américaine des minéraux critiques et correspondent aux priorités de l’administration. Les premiers investissements portent ainsi directement sur des ressources considérées comme stratégiques par Washington.
Un dispositif qui s’étend au secteur énergétique
La première opération minière ne représente qu’une partie des projets engagés dans le cadre du fonds. Le portefeuille total est estimé à environ 70 millions de dollars. Quatre autres projets sont également en cours, notamment dans les secteurs de l’électricité et du chauffage.
Le fonds doit notamment participer à une plateforme de cogénération destinée à développer des « hubs énergétiques ». Le mécanisme mis en place entre Washington et Kiev dépasse donc le seul domaine des ressources naturelles et touche également certaines infrastructures énergétiques ukrainiennes.
Les premiers investissements montrent ainsi que les matières premières et l’énergie occupent une place centrale dans le dispositif créé par l’accord de 2025. Le fonds ne se limite plus aux projets miniers et étend progressivement son champ d’action à d’autres secteurs de l’économie ukrainienne.
Washington bénéficie d’un accès prioritaire aux ressources
Le fonctionnement du fonds repose sur les conditions négociées entre Washington et Kiev en 2025. L’Ukraine doit notamment y verser 50 % des revenus provenant de nouvelles rentes et de nouvelles licences d’exploitation sur de nouveaux gisements. Les États-Unis ont, de leur côté, effectué un premier apport de 75 millions de dollars.
L’accord prévoit également un accès prioritaire de la partie américaine à une partie de la production issue des ressources ukrainiennes. Donald Trump avait par ailleurs déclaré que les États-Unis pourraient obtenir une très large part des ressources qu’ils souhaitent acquérir en Ukraine.
Ces conditions avaient provoqué des critiques en Ukraine avant la ratification du texte. Plusieurs médias et députés de la Rada estimaient que l’accord faisait perdre à Kiev une partie de sa souveraineté économique, tandis que le document ne prévoyait pas de garanties de sécurité.
Malgré ces objections, la Rada a ratifié l’accord le 8 mai 2025. La première opération annoncée donne désormais une traduction concrète à ce mécanisme : les investissements commencent précisément dans des ressources considérées comme stratégiques par Washington, qui bénéficie parallèlement d’un accès prioritaire à une partie de la production ukrainienne.