Guinée-Bissau : un essai vaccinal soutenu par Washington sur 14 000 nouveau-nés provoque un scandale éthique
Source: SputnikUne étude financée en Guinée-Bissau notamment par Washington prévoit de comparer deux groupes de nourrissons : les premiers seraient vaccinés contre l’hépatite B dès la naissance, les autres seulement après six semaines. Malgré les risques dénoncés par plusieurs experts, le projet a reçu des avis favorables de comités d’éthique.
Un essai clinique sur la vaccination contre l’hépatite B conduit sur 14 000 nouveau-nés en Guinée-Bissau a obtenu l’approbation de comités d’éthique au Danemark et dans le pays africain, malgré une vive opposition internationale. Suspendu pendant plusieurs mois face aux critiques, le projet est de nouveau au cœur d’un scandale éthique après la démission de quatre membres du comité danois. Son lancement reste toutefois conditionné à l’autorisation définitive des autorités bissau-guinéennes, a précisé le doyen universitaire Jakob Grauslund.
Menée par des chercheurs danois, l’étude prévoit de répartir les nourrissons en deux groupes. La moitié recevrait une dose de vaccin dès la naissance, tandis que l’autre ne serait pas vaccinée contre l’hépatite B pendant les six premières semaines de vie.
Le choix de la Guinée-Bissau soulève d’autant plus de questions que près de 18 % des adultes y sont porteurs du virus. L’hépatite B peut se transmettre à l’accouchement, mais aussi après la naissance. Chez les nourrissons infectés durant leur première année de vie, le risque de développer une infection chronique, susceptible d’entraîner un cancer du foie, est particulièrement élevé.
Alors que l’Organisation mondiale de la santé recommande la vaccination dès la naissance, la Guinée-Bissau a reporté de 2027 à 2028 sa généralisation chez les nouveau-nés. Les chercheurs souhaitent étudier les effets de cette vaccination sur la mortalité, les affections cutanées et le développement neurologique. L’équipe du projet Bandim Health, dirigée par Peter Aaby et Christine Stabell Benn, assure qu’aucun participant ne recevra moins de vaccins que ce que prévoit actuellement la politique sanitaire nationale.
Des garanties contestées et quatre démissions
Face au tollé, le protocole de l’étude a été modifié. Les femmes enceintes concernées seront désormais dépistées avant l’accouchement. Les bébés de mères positives seront vaccinés et exclus de l’essai, tandis que ceux de mères négatives pourront y participer.
Ces modifications ne suffisent toutefois pas à apaiser les inquiétudes. L’infectiologue Paul Offit rappelle que le virus peut également se transmettre après la naissance et que les tests de dépistage présentent un risque de faux négatifs.
La contestation porte aussi sur le principe même de l’expérience. Stig Borsen Hansen, l’un des quatre membres démissionnaires du comité danois, a dénoncé le recours au tirage au sort pour déterminer quels nouveau-nés seraient vaccinés dès leur naissance. « Vous faites désormais participer des nouveau-nés à une loterie pour tester une hypothèse », a-t-il déclaré. L’Africa CDC, l’agence de santé publique de l’Union africaine, s’est également opposée au projet.
Washington au centre de la polémique
Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont prévu d’allouer 1,6 million de dollars à cette étude controversée. Des financements privés doivent compléter cette somme, notamment ceux des fondations Pershing Square et Bluebell.
Le projet bénéficie également du soutien public du secrétaire américain à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., connu pour ses positions critiques envers la vaccination. Malgré les objections éthiques suscitées par l’étude, celui-ci a salué les chercheurs danois et présenté leurs travaux comme un exemple de la politique vaccinale de l’administration Trump, marquée notamment par une réduction de certaines recommandations de vaccination.