Les Américains haussent le ton contre l’OTAN et menacent encore une fois de claquer la porte, alors qu’ils s’isolent sur la scène internationale. Pour Karine Bechet, le clan Trump est dans une impasse politique, tant à l’intérieur que sur la scène internationale, et pourrait tenter la politique de la terre brûlée.
Ces derniers temps, les déclarations américaines contre l’OTAN s’enchaînent et montent en intensité. Si les États-Unis ne veulent soi-disant plus « protéger l’Europe », ni payer pour la guerre en Ukraine, de toute manière ils n’ont pas le choix : quel que soit le parti au pouvoir aux États-Unis, ses représentants ne peuvent se permettre de sortir de l’Europe (où ils ont, officiellement seulement, déjà plus de 100 000 militaires), sans risquer de perdre le contrôle de la région et d’affaiblir un soft power vital pour eux.
Ils ne sont pas mieux lotis avec le front ukrainien : c’est leur guerre, certes lancée sur le continent européen avec un transfert du coût sur les Européens, mais c’est leur guerre. Contre la Russie. Ils ne peuvent en sortir sans payer un coût politique considérable, qui n’a rien à voir avec celui de l’Afghanistan. Et aucun parti aux États-Unis n’est prêt à assumer une telle défaite.
La situation est encore pire pour eux en Iran. Incapables de reprendre le détroit d’Ormuz tenu par l’Iran, ils ont essuyé un refus direct des pays de l’OTAN qui ne veulent pas entrer en guerre pour permettre à Trump de se sauver la face.
Or, Trump semble être rancunier. Après avoir déclaré que, finalement, il n’avait pas besoin du détroit d’Ormuz – faute de pouvoir le prendre – il menace de sortir de l’OTAN. Et s’en prend même à la France qui essuie des pertes dans le Sud Liban, où les militaires français de la FINUL sont pris pour cibles par l’armée israélienne, en écrivant : « La France a été extrêmement peu coopérative à l'égard du Boucher iranien, qui a été éliminé avec succès ! Les États-Unis s'en souviendront ! ».
Et le Secrétaire à la Guerre d’insister : « Il y a des pays dans le monde qui doivent agir sur le détroit d'Ormuz », estimant que ce n'est pas seulement le problème des États-Unis.
Le Secrétaire d’Etat, Marco Rubio, insiste : « Si l’OTAN consiste uniquement à ce que nous défendions l’Europe en cas d’attaque, alors qu’elle nous refuse le droit de stationner quand nous en avons besoin, cet arrangement n’est pas très satisfaisant. Dans ces conditions, il est difficile de rester engagé ».
Bref, en suivant aveuglément Israël dans sa volonté impériale au Moyen-Orient, les États-Unis se retrouvent isolés sur la scène internationale. Ce dont ils n’ont pas l’habitude. Ce à quoi, ils ne s’attendaient pas.
À cela s’ajoutent les élections de mi-mandat aux États-Unis où Trump et les Républicains perdent de plus en plus de terrain. Même à Palm Beach, dans le comté où est situé Mar-a-Lago, la résidence de Donald Trump, la candidate Démocrate s’est imposée. C’est un signal fort : la politique incompréhensible et contre-productive du Président américain déçoit à l’intérieur. En matière économique, malgré ses déclarations et promesses, il ne convainc pas même 30% des Américains, battant tous les records d’impopularité.
Ce double revers explique la fureur de Trump et de son équipe. Au lieu de se remettre en cause et d’en tirer les leçons, ils semblent aller de plus en plus loin. Ce qui ne fait que renforcer la position de leurs adversaires à l’intérieur, fuir leurs alliés traditionnels à l’international et accélérer la chute des illusions mondialistes – ce qui n’est pas une mauvaise chose.
Le véritable « Tigre de papier », c’est bien l’OTAN. Ce n’est plus son époque, elle n’est plus adaptée. Et cela se voit sur tous les conflits majeurs, que ce soit le front ukrainien ou iranien.
Dans le conflit en Ukraine, l’OTAN s’est transformée en gigantesque bureau comptable qui gère l’achat et l’approvisionnement du front. Cela est possible, puisque sur ce front, les Atlantistes peuvent se battre par l’intermédiaire de leurs proxys ukrainiens, sous faux drapeau. Formellement, ils tentent de ne pas se retrouver ouvertement en première ligne afin de pouvoir continuer à ne pas être considérés comme cobelligérants, après pourtant des années de guerre qu’ils financent et entretiennent. Ces élites sont émasculées, elles ont peur des conflits qu’elles devraient assumer.
Contre l’Iran, la situation serait différente puisqu’il n’y a pas de proxys. Ils seraient obligés de se battre sous leurs véritables drapeaux. Ce qui est inconcevable pour eux. L’OTAN bat en retraite, puisqu’elle n’a que la puissance et la volonté des pays qui la composent. Qui n’en ont pas ici, pas pour une guerre traditionnelle.
Le mythe de la toute-puissance des organisations internationales s’effondre. Ces organisations n’ont aucune volonté propre, elles dépendent totalement des moyens et des accords fournis par leurs membres. Or, les pays européens ne veulent pas prendre en charge la guerre américaine en Iran, alors qu’ils assument déjà la guerre en Ukraine contre la Russie. Et les élites actuelles ne sont pas faites pour gouverner, encore moins s’il s’agit d’une véritable guerre. Elles préfèrent les grandes déclarations sur les « droits de l’homme », qu’elles bafouent par ailleurs allègrement, mais ce n’est pas pareil, évidemment.
Par ailleurs, le relatif « courage » des alliés historiques des États-Unis à se rebiffer est poussé par la chute de Trump : sa faiblesse politique montante, les rend un peu courageux. Penser qu’ils se mettront pour autant à défendre l’intérêt national des pays qu’ils gouvernent serait naïf, mais ils refusent de sacrifier leurs pays pour une guerre qui ne peut être gagnée afin de sauver les meubles pour Trump. C’est un peu la révolte des valets.
Face à cette déconfiture généralisée, l’équipe de Trump joue de plus en plus la carte de la terre brûlée. Tirer, frapper – militairement et médiatiquement – ; partir dans une fuite en avant... vers le précipice ; vouloir tout écraser, tout briser... pour ne régner que sur des ruines, faute d’être adulé comme elle l’espérait naïvement.
Trump entraînera-t-il la Mondialisation dans sa chute ou en sortira-t-elle rénovée et renforcée après son départ et l’arrivée d’un autre président américain, plus cohérent et professionnel ? Cela dépendra en partie de la Russie, de sa capacité à affirmer et ouvrir une autre voie, autant que de sa distanciation (qui est désormais urgente) avec cette Administration toxique. C’est le moment idéal pour reprendre la main.
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