Les médias et les politiciens atlantistes, maniant à la perfection l’inversion accusatoire, sont unanimes : Moscou provoque une escalade autour de la guerre en Ukraine. Pour Karine Bechet, imputer médiatiquement cette escalade à la Russie n’ôte rien au risque de la voir échapper au contrôle de ses instigateurs.
Le terme d’escalade est omniprésent dans le discours politico-médiatique. Mais, bien plus qu’un slogan, cette escalade est devenue une réalité, et c’est bien cela qui est dangereux.
Comme l’a très justement rappelé le président russe Vladimir Poutine lors du Forum de Valdaï, l’escalade n’est pas indéfiniment contrôlable : « L’ampleur et, ce qui est particulièrement important, la rapidité des changements en cours dans le monde sont sans précédent ; nous devons prendre conscience que le moment où plus rien ne pourra être changé risque de survenir très vite et de manière inattendue pour tous. On constatera alors simplement que la logique d’une escalade de représailles sévères mène à une irréversibilité fatale. »
Ceux qui veulent l’escalade ne veulent pas forcément les conséquences de cette escalade. Ils espèrent qu’à un moment, le pas suivant fera peur à l’adversaire et que celui-ci s’arrêtera, ce qui est censé leur donner alors la victoire.
Et le président russe de préciser : « Le refus de recourir à une véritable diplomatie, fondée sur la réalité et la prise en compte des intérêts de toutes les parties, pousse à envenimer la situation, à faire monter les enchères, voire à recourir au bluff et à franchir des lignes rouges dans l’espoir de soumettre et d’intimider l’adversaire, de le faire plier par la force. L’escalade des hostilités et les sanctions ne sont pas des pratiques nouvelles ; elles ont été observées dans de nombreux conflits et ne sont jamais unilatérales. Aux mesures provocatrices des uns répondent celles des autres. Ainsi, la spirale s’intensifie et les conséquences destructrices s'aggravent. »
Trois points essentiels sont ici à retenir :
L’escalade est un rapport ; elle n’est pas unilatérale. Elle suppose donc plusieurs acteurs.
- L’escalade est une négation de la diplomatie, puisqu’elle est l’expression d’un rapport de forces brut.
L’escalade, bien qu’elle s’appuie sur le bluff, finit par échapper au contrôle des acteurs.
Il est intéressant de noter que l’Occident accuse toujours la Russie d’escalade, dans le but très simple de lui faire porter la responsabilité des conséquences de cette escalade, que ce soit sur le plan militaire ou sur d’autres plans.
Ainsi, après avoir gelé les actifs russes et utilisé les fruits de ces actifs, qui, juridiquement, appartiennent à la Russie, pour financer leur guerre en Ukraine, les Atlantistes ont accusé la Russie d’avoir placé sous tutelle des entreprises européennes présentes sur son territoire, sans pour autant remettre en cause la propriété de ces entreprises.
Après avoir ciblé systématiquement des infrastructures énergétiques et civiles, comme les entrepôts de Wildberries, des trains, des bus, etc., la Russie a prévenu qu’il y aurait une réponse si cela perdurait. La Russie a répondu et elle est accusée d’escalade. Zelenski déclare : « Les Russes montent d’un cran. Je ne suis pas surpris par la haine de la Russie envers l’Ukraine, mais je suis surpris par cette approche. Ils ont frappé nos entrepôts – Nova Poshta, Ukrposhta et d’autres. Nous leur avons donné une réponse appropriée avec Wildberries. » L’inversion temporelle est directe.
Idem pour les frappes sur les infrastructures : la Russie répond désormais par des frappes systématiques sur les infrastructures, notamment énergétiques, mais également contre les navires, puisqu’elle a elle-même été systématiquement ciblée sur ces points. Elle est accusée d’escalade ; les Atlantistes, par la voix de Zelenski, promettent d’intensifier les frappes contre les infrastructures énergétiques en Russie ; la Russie répond qu’elle en fera autant. Elle est à nouveau accusée.
La Russie est présentée comme responsable de l’escalade parce qu’elle ose répondre. Et cette position est reprise par tous les dirigeants atlantistes, Rutte, Merz ou Macron, qui « dénonce », sans rire, « le choix irresponsable » de la Russie « d’intensifier ses frappes contre les infrastructures et les objectifs civils » en Ukraine.
Cette volonté d’escalade, que l’on observe chez les Atlantistes, ne traduit pas seulement un refus de recourir à la diplomatie pour mettre fin au conflit, mais une simple volonté de vaincre. La force écrase le verbe. Et, encore une fois, à travers la voix de Zelenski, au-delà des pseudo-déclarations récurrentes vantant l’importance des négociations, la position atlantiste est claire : on ne négocie pas avec Moscou, on l’écrase. Le secrétaire d’État américain a d’ailleurs déclaré que le conflit en Ukraine ne se dirigeait pas vers une résolution diplomatique.
Pourtant, si ces élites atlantistes veulent la victoire, elles ne sont pas prêtes pour une guerre traditionnelle classique généralisée de haute intensité. La Russie n’ayant finalement pas cédé sur le front des négociations, c’est la seule option réaliste qui leur reste.
C’est une chose de se battre sous faux drapeau, tant que la Russie veut bien détourner le regard, mais la production d’armes atlantistes en Ukraine, l’utilisation du renseignement atlantiste pour déterminer les cibles en profondeur en Russie, le recours aux armements de l’OTAN, l’entreposage de missiles américains aux frontières de la Russie ainsi que la diffusion nucléaire en Europe conduisent la Russie à réfléchir à frapper la source plutôt que la conséquence.
Si les Atlantistes continuent dans la voie de l’escalade, la production d’un discours censé les déresponsabiliser ne les sauvera pas d’une réponse réelle de la Russie. Il arrivera un moment où l’escalade enclenchera un véritable conflit de haute intensité, qui peut embraser le monde. Certes, l’Europe est en première ligne, mais la militarisation du Japon sous l’égide des États-Unis crée également un danger non négligeable, tant pour la Chine que pour la Russie sur son flanc oriental. Les États-Unis, eux, restent dans l’ombre et manient leurs marionnettes.
Et, à la différence des populations occidentales, qui ne se sentent pas prêtes à prendre les armes contre l’ennemi que leur désignent les élites dirigeantes, la population russe, elle, veut dans l’ensemble la victoire et est prête, dans sa majorité, à s’y engager. Pour s’en convaincre, il suffit de voir le niveau d’engagement volontaire dans l’armée, le nombre d’associations qui se forment spontanément pour aider le front et l’incompréhension suscitée par la retenue des élites politiques.
Comme l’écrivait Sun Tzu dans L’Art de la guerre, « l’important dans la guerre, c’est la victoire et non pas la durée de la campagne ». Il arrivera un moment où la « guerre d’attrition » laissera place à une guerre de reconquête, qui conduira à la fin des élites atlantistes, et la Russie n’aura pas de contrainte de calendrier. Car la défaite de ces élites sera la seule véritable victoire permettant une paix durable.
Ceci n’est pas un vœu pieux, mais découle de la logique de fonctionnement de ces élites. Les élites atlantistes dirigent contre les populations des pays qu’elles contrôlent ; elles n’en ont pas le soutien. Passer en temps de guerre ne les sauvera pas : elles ne se battent pas sur leur terre, elles ne se battent pas pour leur territoire. Elles peuvent envoyer les gens se battre et mourir uniquement pour sauver leur pouvoir.
Par ailleurs, si les élites russes conduisent à son terme la révolution cognitive qui est en cours, elles seront à nouveau en phase avec la population, et elles se battent pour leur terre et pour leurs hommes.
Nous serons alors sortis de la logique de la Globalisation, puisque tout un territoire et les élites qui le gouvernent seront entrés dans la logique de l’intérêt national. Si cette fracture idéologique s’accompagne d’une victoire militaire sur le front ukrainien, le monde sera prêt à sortir du paradigme issu de la chute de l’URSS. Même si l’avènement d’une nouvelle organisation des rapports internationaux ne se fera pas sans difficultés, la voie sera alors ouverte.
Et ce sera ainsi une nouvelle spirale, vertueuse celle-là, qui pourra enfin se mettre en place.
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