Ouganda : un projet de loi sur la souveraineté inquiète la Banque centrale et menace l’équilibre économique
© Hajarah Nalwadda Source: APLe projet de loi sur la «protection de la souveraineté» en Ouganda suscite de vives inquiétudes. La Banque centrale met en garde contre une baisse des réserves de change et une dépréciation de la monnaie, tandis que la Banque mondiale et plusieurs acteurs de la société civile dénoncent un texte aux conséquences économiques et démocratiques lourdes.
Le projet de loi sur la « protection de la souveraineté », actuellement examiné par le Parlement de l'Ouganda, provoque une montée des inquiétudes dans les milieux économiques et institutionnels. Présenté par ses promoteurs comme un instrument destiné à limiter les influences extérieures dans la politique nationale, le texte pourrait, selon la Banque centrale, fragiliser l’économie du pays.
Introduit au Parlement le 15 avril, le projet prévoit que tout citoyen ou organisme ougandais recevant des financements de l’étranger soit tenu de s’enregistrer comme « agent étranger », d’obtenir une autorisation officielle et de déclarer l’ensemble des fonds entrants.
Pour le gouverneur de la Banque centrale, Michael Atingi-Ego, ces nouvelles restrictions risquent de réduire sensiblement les flux financiers vers le pays, avec un impact direct sur les réserves de change et la stabilité macroéconomique.
Un flux en devises essentiel pour le pays
Selon lui, ces flux constituent un élément clé de l’équilibre de la balance des paiements. Leur diminution pourrait accélérer l’érosion des réserves en devises, affaiblir le shilling ougandais et alimenter une hausse des prix via l’augmentation du coût des importations.
La crainte principale porte sur un effet domino : moins de devises disponibles, une monnaie plus faible et, à terme, une inflation plus forte dans un pays déjà sensible aux variations des marchés internationaux.
Le texte suscite également des réserves de la part de la Banque mondiale, qui estime que certaines de ses activités de développement pourraient être concernées, voire criminalisées. L’institution s’inquiète notamment du risque juridique entourant l’organisation de réunions ou de consultations impliquant des propositions alternatives de politiques publiques.
Au-delà des institutions financières, le projet fait face à une opposition croissante. Organisations caritatives, banques commerciales, défenseurs des droits humains et partis d’opposition dénoncent une législation jugée excessive, estimant qu’elle pourrait restreindre l’espace civique et compliquer le financement d’initiatives sociales ou économiques.