Palantir, auteur d'un manifeste «néofasciste», a recruté plus de 30 hauts fonctionnaires britanniques, selon The Nerve

Palantir, auteur d'un manifeste «néofasciste», a recruté plus de 30 hauts fonctionnaires britanniques, selon The Nerve Source: Gettyimages.ru
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La société américaine Palantir a recruté plus de 30 hauts responsables britanniques — anciens ministres, cadres du renseignement et membres de la Chambre des lords — faisant craindre des fuites de données gouvernementales sensibles, selon The Nerve. L'entreprise est critiquée pour son manifeste, qualifié de «néofasciste» en Russie.

L'entreprise américaine Palantir, spécialisée dans l'analyse de mégadonnées et les plateformes d'IA pour les organismes publics et privés, dont le cofondateur est le milliardaire Peter Thiel, a recruté 32 hauts fonctionnaires britanniques, rapporte The Nerve. Selon le portail, cette pratique crée un risque de corruption, car la législation britannique n'est pas en mesure de faire face aux nombreux conflits d'intérêts.

En particulier, Steve Goodrich, directeur de recherche chez Transparency International UK, a déclaré à The Nerve que le faible contrôle exercé sur ces transferts de personnel entre la fonction publique et le secteur privé crée un risque que d'anciens fonctionnaires utilisent des informations confidentielles dans l'intérêt de leur nouvel employeur.

Le portail souligne que les contrats connus de Palantir avec le gouvernement britannique entre 2012 et 2025, selon ses estimations, dépassaient 670 millions de livres sterling, la majeure partie revenant au ministère de la Défense et au Service national de santé (NHS) — les deux mêmes organismes d'où Palantir a recruté plus des deux tiers de ses employés issus du secteur public.

Anciens ministres, responsables du renseignement et membres du Parlement parmi les recrues

Selon The Nerve, parmi les personnalités clés recrutées figure Lawrence Lee, ancien sous-secrétaire d'État à la Défense, qui a participé à l'élaboration de la stratégie britannique en matière d'intelligence artificielle dans le domaine de la défense en 2022. Il occupe désormais le poste de conseiller principal du PDG de Palantir, Alex Karp, en matière de « géostratégie ».

Indra Joshi, ancienne responsable du département IA du NHS, figure également parmi les recrues, selon The Nerve. Elle a rejoint Palantir en 2022 comme directrice de la santé, de la recherche et de l’IA, après avoir dirigé la création du laboratoire d’intelligence artificielle du NHS. Le média indique également que deux anciens ministres, l’ex-chef du MI6, deux généraux et un ancien conseiller du Premier ministre ont travaillé comme consultants rémunérés pour l’entreprise.

Quatre autres membres de la Chambre des lords (chambre haute du Parlement britannique) ont conseillé Palantir, parmi lesquels l'ancien vice-président du Parti travailliste, Tom Watson, et l'ancienne présidente de la commission parlementaire des sciences et des technologies, Nicola Blackwood. Le portail note que cette dernière avait notamment pour mission de superviser Palantir.

The Nerve rappelle que le nom de Peter Mandelson, ancien ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis, démis de ses fonctions à la suite du scandale lié à ses liens avec Jeffrey Epstein, a récemment été évoqué dans ce contexte. Le cabinet de conseil de Mandelson, Global Counsel, représentait les intérêts de Palantir alors qu'il occupait son poste à Washington, ajoute le portail.

Un porte-parole de Palantir a déclaré à The Nerve que les 32 noms obtenus par le média avaient été recrutés au cours des 15 dernières années, période durant laquelle des milliers de personnes ont travaillé au sein de la division britannique. Il a ajouté que 14 des personnes citées n'avaient plus aucun lien avec Palantir, tandis que six d'entre elles étaient des vétérans des forces armées auxquels l'entreprise offre des perspectives de reconversion professionnelle.

La pression sur Palantir et son manifeste « néofasciste »

La révélation de The Nerve intervient alors que la pression sur l'entreprise s'est récemment intensifiée : ses technologies sont utilisées pour les opérations d'immigration de l'ICE aux États-Unis et pour la guerre américano-israélienne contre l'Iran. De plus, l'entreprise a publié sur X un manifeste intitulé La République technologique en 22 points, dans lequel elle insiste sur le rôle de la Silicon Valley dans la défense des États-Unis et la création d’armes basées sur l’IA. Le manifeste qualifie d’erreur la démilitarisation de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale, indiquant notamment que « certaines cultures » avaient progressé, tandis que d’autres restaient « en déclin et régressives ».

Ce document a suscité de vives réactions. Il n’est pas passé inaperçu à Moscou. La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré que ces thèses « évoquent quelque peu le néo-, voire dans ce cas, le neuro-fascisme », estimant que les affirmations sur l’utilité ou la nocivité de certaines cultures rappellent l’idéologie nazie. Zakharova a par ailleurs rappelé que Palantir avait déjà été soupçonnée à plusieurs reprises de surveillance de dirigeants mondiaux et de personnalités politiques.

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