France–Algérie : Laurent Nuñez n’ira pas à Alger sans «avancées concrètes»
Alors que Ségolène Royal a appelé Macron à un geste de réconciliation avec Alger, le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez a affirmé sur TF1 qu’il ne se rendrait pas en Algérie tant que Paris n’obtiendra pas d’avancées concrètes, notamment sur les expulsions d’Algériens en situation irrégulière et le dossier du journaliste Gleizes.
Invité de TF1 le 3 février, le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez a fermé la porte à toute visite officielle à Alger sans garanties préalables. « Non, je ne renoncerai pas à mes conditions », a-t-il martelé, affirmant que son déplacement ne sera envisagé qu’en cas d’« évolution » sur deux dossiers jugés prioritaires par Paris.
Le premier concerne la reprise des expulsions d’Algériens en situation irrégulière présents sur le territoire français. Selon le ministre, le flux des obligations de quitter le territoire français (OQTF) « ne s’est pas réamorcé ». Le second porte sur la situation du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis juin 2025 et condamné pour « apologie du terrorisme », un dossier que Paris qualifie d’« arbitraire ».
« J’attends qu’il y ait une évolution sur ces sujets, je me rendrai à ce moment-là en Algérie », a déclaré Laurent Nuñez, tout en assurant garder « bon espoir » quant à une reprise du dialogue politique. Il a toutefois précisé que les échanges techniques en matière de sécurité avaient, eux, déjà repris entre les deux pays.
L’appel de Ségolène Royal à la réconciliation
La veille, sur le même plateau, Ségolène Royal avait adopté une position diamétralement opposée. De retour d’un déplacement à Alger, l’ancienne ministre socialiste a exhorté Emmanuel Macron à faire « un geste de réconciliation et de reconnaissance » envers l’Algérie, estimant que la crise diplomatique actuelle pénalise durablement les relations bilatérales.
Présidente de l’Association France-Algérie depuis décembre, Ségolène Royal a indiqué avoir rencontré le président algérien Abdelmadjid Tebboune et avoir contribué au transfert du journaliste Christophe Gleizes vers une prison située près de la capitale. Elle a décrit son déplacement comme une mission de « dialogue, d’écoute et de recherche de solutions d’avenir ».
Déplorant une rupture à la fois diplomatique, économique et consulaire entre Paris et Alger, elle a estimé que la France se marginalisait face à d’autres partenaires européens. « Tous les pays sont là pour investir, sauf la France », a-t-elle regretté, évoquant également le poids de l’histoire coloniale et l’absence, selon elle, d’une reconnaissance suffisante de ses conséquences.
Ségolène Royal a directement critiqué la stratégie conditionnelle défendue par le ministère de l’Intérieur. « Quand on pose des conditions, c’est qu’on ne veut pas y aller », a-t-elle lancé, estimant que Laurent Nuñez est « attendu » à Alger et que seule une présence politique de haut niveau permettrait de débloquer la situation.