Le Sénat français se penche sur une loi pour lutter contre le proxénétisme sur OnlyFans
© theconversation.comLe Sénat a examiné le 10 février une proposition de loi visant à créer l’infraction d’«exploitation sexuelle en ligne» pour combattre les dérives des «agents» sur des plateformes comme OnlyFans et Mym. Ce texte, porté par la sénatrice LR Marie Mercier, prévoit sept ans de prison et 150 000 euros d’amende, avec des peines alourdies pour les mineurs.
Malgré l’essor fulgurant des plateformes de contenus pour adultes, amplifié par la crise du Coronavirus, cette initiative législative cherche à combler un vide juridique face aux « proxénètes 2.0 » qui exploitent les créatrices via des menaces ou abus de vulnérabilité. Une nouvelle tentative de régulation qui s’inscrit dans la lignée de la limitation des réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
Des dérives alarmantes dans l’ombre des plateformes
L’explosion de sites comme OnlyFans, avec ses 337 millions d’utilisateurs, et Mym a ouvert la voie à un écosystème opaque où des « managers » ou « agents » promettent visibilité et revenus, mais souvent au prix d’une exploitation impitoyable. Ces intermédiaires, parfois de jeunes hommes à peine majeurs, prennent jusqu’à 60 % des commissions, après les 20-25 % prélevés par les plateformes. La sénatrice Marie Mercier dénonce un « esclavage numérique », où les créatrices sont poussées à produire des contenus de plus en plus extrêmes, y compris non consentis, pour satisfaire des demandes déviantes.
Nommée ce matin Rapporteur, par la Commission des lois, de la PPL visant à lutter contre le proxénétisme en ligne de ma collègue Marie Mercier ✍️
— Lauriane JOSENDE (@LaurianeJosende) January 14, 2026
Un texte essentiel pour adapter notre droit à ces nouvelles formes de marchandisation du corps et protéger les plus vulnérables ⚖️ pic.twitter.com/bjKtSZwgo4
Un rapport parlementaire de janvier 2026, rédigé par Arthur Delaporte et Stéphane Vojetta, recense des cas édifiants : vol d’argent via des relevés bancaires falsifiés, harcèlement moral, isolement, et pressions pour des vidéos personnalisées impliquant enfants ou personnes vulnérables.
Sans contact physique, ces pratiques échappent à la définition classique de la prostitution, permettant aux « proxénètes 2.0 » de s’engouffrer dans les failles juridiques.
Le travail des deux parlementaires, le premier socialiste, le second indépendant et ne siégeant plus au Palais Bourbon, a été salué par l’Ambassadrice pour le numérique et l’intelligence artificielle et ancienne ministre Clara Chappaz.
Bravo et merci @ArthurDelaporte et @StephaneVojetta pour la continuité de votre action et vos propositions précieuses sur l’encadrement du numérique ! https://t.co/OWdPFNTHB2
— Clara Chappaz (@ClaraChappaz) January 14, 2026
Des témoignages accablants émergent, comme celui de Kristin, une créatrice sur Mym, qui décrit un « manager » de 20 ans l’ayant piégée dans un cycle infernal : « Tous les jours, je créais du contenu jusqu’à 5 heures du matin, sous kétamine pour tenir ». Après avoir tenté de partir, elle subit harcèlement et fuites de contenus.
De même, un « manager » de 19 ans, justifie son rôle en niant toute contrainte, affirmant partager équitablement les gains, mais admet employer des « chatteurs » sous-payés à Madagascar ou aux Philippines pour simuler des interactions. Le profil toujours plus jeune des « managers » ou proxénètes confirme une tendance au rajeunissement de l’activité.
La proposition de loi, remodelée en commission, cible les intermédiaires utilisant violence ou abus, sans pénaliser les acheteurs pour éviter d’atteindre les libertés. Inspirée de la législation suédoise de 2025 criminalisant l’achat de services sexuels personnalisés, elle vise 10 ans de prison et 1,5 million d'euros d'amende lorsque des personnes âgées de moins de 18 ans sont victimes d'exploitation de la part d'agents sur ces plateformes. Bien que saluée par Mym pour sa protection, des associations comme Le Nid regrettent l’absence de mesures contre les clients, craignant une ineffectivité. Après le Sénat, le texte ira à l’Assemblée, marquant un pas vers une régulation du numérique érotique.