«La hausse des prix à la pompe n’est qu’un apéritif» : la France face au risque d’une décarbonation mal gérée
© Wiki commonsFace à la flambée des prix du carburant provoquée par les tensions au Moyen-Orient, le spécialiste des questions énergétiques Jean-Marc Jancovici met en garde : la hausse actuelle n’est qu’un avant-goût des perturbations à venir si la France ne gère pas activement sa sortie des énergies fossiles.
Le think tank The Shift Project publie le 14 avril un « plan robuste » pour une décarbonation ordonnée, thématique au cœur de la présidentielle de 2027. Jean-Marc Jancovici, ingénieur et président de cette organisation, alerte ainsi, dans un entretien au journal Le Monde, sur la crise énergétique actuelle qui doit, selon lui, servir d’électrochoc.
Les gens n’ont pas idée. La hausse des prix à la pompe est un apéritif en comparaison de ce qui pourrait advenir
Le nouveau rapport quantifie les efforts nécessaires pour réduire les émissions domestiques de 5 % par an. Jean-Marc Jancovici estime que la société confond trop souvent résilience et robustesse. « La résilience, c’est se relever après la claque. La robustesse, c’est ne pas prendre la claque », explique-t-il. Or, la claque, ce sont les produits pétroliers qui deviennent rares et chers. Le spécialiste estime que décarboner « sera inflationniste », tout en soulignant que cela est « nécessaire ».
Sortir de la dépendance aux énergies fossiles: les propositions de Jean-Marc Jancovici, ingénieur spécialisé en énergie et en climat pic.twitter.com/40UDzoC2Ay
— BFM (@BFMTV) April 14, 2026
Il identifie vingt chantiers prioritaires : rénovation thermique massive des logements, généralisation d’une voiture électrique sobre, transformation des systèmes d’élevage, électrification du fret ou encore déploiement accéléré de l’éolien et du solaire, sans renoncer au nucléaire.
Jancovici rappelle que la décarbonation bien menée protège à la fois le climat et la souveraineté énergétique. « Les gens n’ont pas idée. La hausse des prix à la pompe est un apéritif en comparaison de ce qui pourrait advenir », avertit-il.
Une transition subie entraînerait une « casse sociale » majeure et une désorganisation profonde de la société. À l’inverse, une gestion « proactive » offrirait des bénéfices concrets : meilleure santé, emplois, perspective d’avenir.
Le plan insiste sur la sobriété : impossible d’avoir une aviation durable sans réduire le trafic aérien, ou un fret routier électrique sans faire circuler moins de marchandises. Il pointe aussi les mesures gouvernementales actuelles comme insuffisantes : « Le gouvernement n’aurait pas dû annoncer 100 000 voitures en leasing social, mais plutôt 1 million ! »
L’ingénieur conclut que la crise actuelle, loin d’être un obstacle, pourrait accélérer la décrue des fossiles en Europe. Même sans souci climatique, la disponibilité régionale du pétrole et du gaz ne fera que baisser. La France a donc tout intérêt à transformer cette contrainte en opportunité, avant que l’apéritif ne devienne un festin amer.