France : un avion part sans ses 192 passagers pour une raison inattendue
Source: Gettyimages.ruUn incident inhabituel s'est produit en France: un vol Ryanair a quitté l'aéroport sans aucun passager à bord. En cause, l'absence totale d'agents chargés du contrôle de sécurité. Bloqués au sol, les voyageurs se retrouvent face à une situation juridiquement floue et logistiquement complexe.
Un épisode pour le moins inattendu s'est déroulé en France : un Boeing 737-800 de Ryanair, annoncé comme assurant une liaison entre Paris et Marrakech, a décollé à vide, laissant à l'aéroport l'ensemble de ses 192 passagers qui pensaient qu'un billet suffisait encore pour voyager.
Ou plutôt, pas tout à fait de Paris. « Paris », ici, tient surtout de l'appellation commode. Car pour rejoindre l'aéroport de Châlons-Vatry depuis la capitale, il faut compter au minimum deux heures de route, et en transports publics presque une demi-journée au prix de plusieurs correspondances. On est donc dans cette catégorie bien connue d'aéroports périphériques qui s'adossent au nom d'une grande ville sans en offrir réellement la proximité – ces aéroports de petite taille, qui ne traitent que quelques vols passagers par jour.
Et ce n'est pas un simple détail narratif. Ce type d'aéroport fonctionne avec des moyens très limités : il suffit qu'un maillon manque pour que toute la mécanique, si l'on ose employer ce grand mot dans ce contexte, cesse de fonctionner.
C'est exactement ce qui s'est produit au moment de l'enregistrement : aucun agent de sûreté aérienne n'était présent pour effectuer les contrôles obligatoires avant embarquement. Aucun remplaçant, aucune solution de secours, pas même un miracle administratif de dernière minute.
En l'absence de contrôle de sûreté, l'embarquement n'est tout simplement pas envisageable. Il ne s'agit ni d'une question de marge d'interprétation, ni d'une éventuelle flexibilité : la règle est absolue. On pourrait imaginer qu'en situation exceptionnelle, une solution soit trouvée sur place, mais l'organisation du secteur ne laisse guère de place à ce type d'improvisation. Les équipes de sûreté relèvent d'un opérateur distinct, doté de ses propres habilitations, et ne peuvent être remplacées par d'autres personnels présents sur l'aéroport. Pour le passager, tout cela forme un ensemble indifférencié – dans les faits, les rôles sont strictement séparés.
La compagnie et l'aéroport se sont ainsi retrouvés face à un choix peu glorieux. D'un côté, attendre indéfiniment l'hypothétique apparition d'un agent de sûreté. De l'autre, préserver le reste du programme de vols. Le départ avait d'ailleurs déjà été retardé de deux heures. Mais prolonger davantage l'attente risquait d'entraîner une série de retards en cascade pour l'appareil et son équipage avec, à la clé, des coûts potentiellement bien plus élevés. Dans ce type d'arbitrage, les passagers d'un seul vol pèsent parfois moins que la ponctualité du système tout entier.
Reste la question des compensations, qui promet d'être presque aussi intéressante que l'incident lui-même. Le vol n'a pas été annulé. Il n'y a pas eu non plus, du moins formellement, de refus d'embarquement imputable à la compagnie. Le règlement européen CE 261/2004, dans cette configuration, ne se laisse pas mobiliser avec une parfaite évidence. Ryanair a d'ores et déjà indiqué qu'aucune compensation n'était prévue, l'incident relevant selon elle de circonstances échappant à son contrôle. En d'autres termes, l'avion est bien parti, donc le problème semble devoir appartenir à quelqu'un d'autre.
La solution proposée aux voyageurs consiste en un report gratuit sur l'un des vols suivants. Sur le papier, l'offre est aimable. Dans les faits, la ligne entre ce soi-disant vol « Paris » - Marrakech n'est opérée que deux fois par semaine. Avec des départs aussi peu fréquents, replacer près de deux cents personnes prendra forcément du temps.