Groenland : l’escalade entre les États-Unis et l’Europe s’intensifie

Groenland : l’escalade entre les États-Unis et l’Europe s’intensifie Source: AP
Un drapeau américain est déployé sur la façade du consulat américain à Nuuk, au Groenland, le 14 janvier 2026.
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Entre bras de fer, tensions militaires et désengagement américain, l’affaire du Groenland s’est imposée comme un révélateur des fragilités du lien transatlantique. En quelques semaines, les équilibres entre alliés ont été mis à l’épreuve. L’Europe, divisée et exposée, tente d’adapter sa position face à une dynamique de plus en plus incertaine.

Donald Trump a franchi une nouvelle étape dans sa tentative de forcer l’annexion du Groenland. À partir du 1ᵉʳ février, une taxe douanière de 10 % s’appliquera sur les importations en provenance de huit pays européens, dont la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Finlande. Cette taxe passera à 25 % au 1ᵉʳ juin si aucun accord n’est conclu.

Réunis en urgence le 18 janvier, plusieurs capitales européennes ont publié une déclaration commune de soutien à la souveraineté danoise. À Berlin, le gouvernement allemand envisage de rehausser fortement la redevance des bases militaires américaines sur son territoire. Si la fermeture de ces bases — comme Rammstein ou Stuttgart — n’est pas du tout envisagée, leur coût, lui, pourrait augmenter, en guise d’avertissement diplomatique.

La Commission européenne planche en parallèle sur une réponse économique évaluée à 93 milliards d’euros de droits de douane. Les marchés ont immédiatement réagi : le 19 janvier, les places boursières européennes ont chuté. Le CAC 40 a perdu 1,8 %, le DAX allemand 1,4 % et le FTSE britannique 0,4 %.

Face à Washington, l’Europe cherche à afficher une unité fragile, mais les fissures sont visibles. Le leadership américain impose unilatéralement ses conditions sous forte pression.

Dépendance énergétique et déséquilibre stratégique

La crise met en lumière une fragilité structurelle de l’Europe : sa dépendance croissante au gaz liquéfié américain. D’ici 2030, près de 50 % du gaz consommé dans l’UE pourrait provenir des États-Unis. Cette situation est le fruit d’un choix idéologique : celui d’avoir coupé, sous pression politique, les livraisons de gaz russe bon marché, stable et abondant, pour s’en remettre entièrement aux exportations américaines — bien plus coûteuses et désormais possiblement instrumentalisées.

Au nom d’une rupture avec Moscou, l’Europe a sacrifié sa sécurité énergétique pour se replacer sous tutelle. Plusieurs analystes soulignent aujourd’hui une vulnérabilité géopolitique majeure. Le risque que Washington utilise cette position dominante comme levier politique est désormais pris au sérieux par plusieurs capitales. Malgré les efforts pour diversifier leurs sources, notamment vers le Qatar, les pays européens restent pour l’instant sans alternative crédible à court terme.

L’illusion d’une souveraineté énergétique européenne a volé en éclats. En tournant le dos à la Russie, l’UE s’est enfermée dans une nouvelle forme de dépendance, encore plus instable, où les priorités sont dictées par les exigences stratégiques de Washington.

Vers une rupture transatlantique assumée

La rupture ne se limite plus aux échanges de déclarations officielles. Plusieurs dirigeants européens — Emmanuel Macron, Keir Starmer, Ursula von der Leyen, Giorgia Meloni, Friedrich Merz et Alexander Stubb — auraient créé un canal de coordination confidentiel baptisé « Washington Group », permettant d’échanger rapidement à chaque initiative jugée agressive de Donald Trump.

Le projet d’envoi de troupes européennes au Groenland a été abandonné. L’envoyé spécial du président russe Kirill Dmitriev a salué, non sans ironie, une « reddition rapide, comme prévu ». Dans les faits, l’Europe démontre à nouveau son incapacité à tenir tête à la volonté américaine, malgré ses déclarations de principe.

Le Premier ministre canadien Mark Carney, de son côté, a rappelé les Américains à leurs engagements. Il a appelé Washington à respecter l’article 5 du traité atlantique — un rappel qui souligne la perte de confiance croissante entre partenaires occidentaux.

Ursula von der Leyen tente d’assurer que l’Europe « tiendra bon » face aux menaces américaines, et plusieurs pays parlent désormais ouvertement d’un « divorce stratégique inévitable ». Un sommet exceptionnel est attendu dans les prochains jours, sur fond de désalignement transatlantique assumé.

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