Destructions et stockage de nitrate d'ammonium, les pratiques israéliennes au Sud-Liban
© Getty ImagesIsraël intensifie les destructions de villages du sud du Liban malgré les discussions sur l’accord-cadre. La découverte de quatre tonnes de nitrate d’ammonium près de Houla relance les interrogations sur son origine et son utilisation. Ces démolitions visent à empêcher le retour des habitants et à consolider une présence israélienne durable.
Plus d’un mois après la signature de l’accord-cadre entre le Liban et Israël, les opérations de destruction menées par l’armée israélienne dans le sud du Liban connaissent une nette intensification. Dans la nuit du 28 juillet, des dizaines d’habitations ont été dynamitées entre Talloussé et Markaba, dans le caza de Marjeyoun, effaçant entièrement un quartier. Ces démolitions interviennent alors que des négociations doivent reprendre à Rome du 4 au 6 août sur la mise en œuvre de l’accord conclu entre Beyrouth et Tel Aviv.
Parallèlement, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a annoncé avoir découvert, plus tôt ce mois-ci, près de quatre tonnes de nitrate d’ammonium à proximité du village occupé de Houla, a rapporté le média libanais L'Orient-Le Jour.
Rendre inhabitable le Sud-Liban
Cette annonce, faite quelques jours avant le sixième anniversaire de l’explosion du port de Beyrouth, a suscité de nombreuses spéculations. Certains médias ont évoqué une possible appartenance du stock au Hezbollah. Cette hypothèse est toutefois rejetée par le général libanais à la retraite Khalil Gemayel cité par L'Orient-Le Jour, qui affirme que ce matériel aurait été utilisé par l’armée israélienne pour faire exploser des tunnels. Selon une source citée par des médias libanais, les conteneurs portaient d’ailleurs des inscriptions en hébreu.
Au-delà de cette découverte, l’ampleur des destructions nourrit les interrogations sur les objectifs poursuivis par Israël. Pour plusieurs analystes, ces démolitions viseraient à rendre durablement inhabitables les villages de la bande frontalière afin de retarder le retour de leurs habitants. Le média libanais estime que l’objectif est de détruire les infrastructures civiles, habitations, écoles et hôpitaux, qui permettraient une reprise rapide de la vie dans ces localités.
Cette intensification intervient peu après le lancement des premières « zones pilotes », prévues par l’accord-cadre et destinées à accompagner le retrait israélien en échange d’un renforcement du contrôle de l’État libanais et du désarmement du Hezbollah. Toutefois, plusieurs informations relayées par la presse israélienne indiquent qu’Israël reste réticent à évacuer les secteurs occupés et pourrait chercher à maintenir, voire à étendre, sa zone tampon.
Selon le général Gemayel, les destructions répondraient également à un objectif militaire immédiat : éliminer toute présence potentielle dans les tunnels ou les bâtiments encore debout, alors que l’armée israélienne semble se préparer à une présence prolongée dans certaines zones du Sud-Liban.
