Les alliés des États-Unis craignent que la guerre contre l'Iran ne les prive d'armes américaines, selon Politico
© Handout Source: Gettyimages.ruLes alliés européens et asiatiques des États-Unis ont fait part de leurs craintes quant à la cadence d’utilisation de munitions par l'armée américaine dans le conflit contre l’Iran, une situation qui risque bien de les priver des armes qu'ils ont achetées et d’accentuer l'éloignement avec les Américains en matière de défense.
Stupeur et tremblement des alliés des États-Unis face au détournement des livraisons d’armes que l’administration américaine leur avait imposé d'acheter, mais qui ne seront finalement jamais livrées, car utilisées pour soutenir l’effort de guerre contre l'Iran, a révélé le site d’information américain Politico dans un article publié le 7 mars.
Du côté de l’Europe, les pays du Vieux Continent, qui peinent à reconstituer leurs arsenaux après avoir livré des armes à l'Ukraine, sont hantés par la peur de ne pas pouvoir se défendre contre une hypothétique attaque russe. En Asie, la situation n’est guère meilleure dans la mesure où les alliés asiatiques sont surpris par l'intensité des frappes américaines, et craignent que cela n’encourage des actes hostiles de la Chine et de la Corée du Nord. Les pays du Moyen-Orient ignorent pour leur part si leurs commandes de systèmes de défense aérienne américains seront honorées.
La guerre avec l’Iran pourrait accentuer l’écart entre les États-Unis et leurs alliés en matière de défense
Les alliés des États-Unis sont inquiets, et pour cause, produire des armes est loin d’être un processus simple. Il exige des années de planification et repose sur une chaîne d'approvisionnement très délicate et semée d'embûches. Les affirmations de Donald Trump, qui se targue de disposer de « stocks quasi illimités » de munitions pour combattre l'Iran, ne sont pas pour rassurer les alliés. « Il est clair pour tous que les États-Unis privilégieront leurs propres priorités, celles de Taïwan, d’Israël et de l’hémisphère avant celles de l’Europe », a déclaré un responsable d’Europe de l’Est, qui a requis l’anonymat.
Selon des responsables cités par Politico, la guerre américano-israélienne contre l’Iran pourrait accroître l'éloignement des États-Unis de leurs alliés en matière de défense. Dans une autre perspective, l'adoption de nouvelles règles par l’Union européenne favorisant la fabrication d'armes locales au détriment des entreprises américaines pourrait faire perdre des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars aux entreprises américaines d’armement, qui peinent d’ailleurs à satisfaire le rythme actuel de la demande en armes.
Un électrochoc pour les responsables asiatiques et européens
La situation actuelle a servi d'électrochoc aux responsables asiatiques et européens, analyse Politico, dans la mesure où les ventes d’armes américaines ne sont plus acquises. Le site d’information cite dans ce contexte les déclarations de Camille Grand, ancienne haute responsable de l'OTAN et actuelle directrice de l'Association des industries aérospatiales, de sécurité et de défense d'Europe, basée à Bruxelles. « Les Européens vivent encore dans un monde imaginaire où les États-Unis sont un gigantesque Walmart, où l'on achète et où l'on est livré immédiatement, ce qui est tout simplement faux », affirme-t-elle.
Du côté de l’Asie, les alliés des États-Unis dans le Pacifique craignent que la guerre contre l’Iran ne prive le Pentagone de munitions suffisantes pour dissuader une guerre. En mobilisant l’arsenal destiné aux alliés pour maintenir son effort de guerre contre l’Iran, le gouvernement américain risque bien de compromettre son niveau de préparation pour le théâtre pacifique.
Il convient de noter que l’Ukraine avait fait part des mêmes craintes concernant l’approvisionnement en armes et en systèmes de défense aérienne. Lors d’un entretien avec le quotidien italien Corriere della Sera le 3 mars, Volodymyr Zelensky a déclaré qu’il pourrait être difficile de se procurer des missiles, car les Américains et leurs alliés les utilisent actuellement dans le conflit avec l’Iran. Il a rappelé, dans ce contexte, le ralentissement des livraisons de missiles à Kiev pendant la « guerre des douze jours », à l'été 2025.