Suisse : 52 % des électeurs prêts à voter pour plafonner la population à 10 millions
© lemanbleu.chSelon le sondage de Tamedia/20 Minutes, une courte majorité de Suisses se dit prête à se prononcer en faveur de l’initiative UDC «Pas de Suisse à 10 millions !», soumise au vote le 14 juin. Ce texte, qui vise à limiter l’immigration pour préserver les infrastructures et le cadre de vie, inquiète vivement le monde économique.
L’initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions ! (initiative pour la durabilité) », portée par l’Union démocratique du centre (UDC), propose d’inscrire dans la Constitution un plafond de 10 millions d’habitants pour la population résidente permanente d’ici 2050. Avec environ 9,1 millions d’habitants aujourd’hui, la Suisse, liée à des accords de libre circulation avec l’Union européenne, évolue rapidement, et l’augmentation de la démographie entraîne des conséquences notamment écologiques, mises en avant par certains partisans de la limitation de l’immigration.
Toujours plus, plus, plus…
— Jeunes UDC Suisse (@JeunesUdc) April 13, 2026
Bâtiments, logements, routes, béton : chaque jour en Suisse, l’équivalent de 7,7 terrains de football, soit 54’967 m², est bétonné.
Pour préserver la nature comme espace de vie et de détente pour nous et les générations futures, nous avons besoin… pic.twitter.com/Mci8upowEt
Selon le dernier sondage de l’institut Leewas pour 20 Minutes et Tamedia, 52 % des personnes interrogées déclarent leur intention de voter « oui », contre 46 % de « non » et 2 % d’indécis. Un renversement par rapport aux précédentes enquêtes, avec un soutien particulièrement marqué chez les 35-49 ans (59 %). Le texte recueille aussi un appui inattendu d’une partie de l’électorat libéral du PLR.
💥🇨🇭 Sondage choc en Suisse : une majorité des électeurs (52%, contre 46% de Non) pourraient accepter l’initiative populaire « Pas de Suisse à 10 millions d’habitants ! » lancée par la droite nationale anti-immigration.
— Paul Cébille (@Ellibec) April 29, 2026
Le texte vise à inscrire dans la Constitution un plafond… pic.twitter.com/4kjlMcw0RV
Si la population atteint 9,5 millions, probablement vers 2035, le Conseil fédéral et le Parlement devraient activer des restrictions : arrêt de l’accueil de nouveaux demandeurs d’asile, limitation forte du regroupement familial et impossibilité pour les admis provisoirement d’obtenir un permis durable ou la nationalité. Au-delà de 10 millions, des mesures plus sévères entreraient en jeu, jusqu’à la dénonciation de l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE après un délai de deux ans, avec des effets en cascade sur les autres accords bilatéraux.
Grands patrons et gauche socialiste opposés au texte
Une partie du monde économique suisse exprime une vive inquiétude à l’idée de ne plus disposer de main-d’œuvre. La Suisse dépend en effet en partie de la main-d’œuvre étrangère dans des secteurs clés comme la santé, la construction, les technologies ou l’hôtellerie. « La réduction de la population active aurait des effets macroéconomiques négatifs dans un contexte de pénurie structurelle de main-d’œuvre et de vieillissement démographique », a averti la Fédération patronale.
Le Parti socialiste suisse est également vent debout contre cette votation, défendant une approche plus ouverte de l’immigration.
Les cantons de Suisse occidentale (Vaud, Genève, etc.) ont unanimement rejeté l’initiative, estimant qu’elle ignore les disparités régionales, fragilise l’économie et menace la voie bilatérale avec l’UE. Ils craignent une bureaucratie lourde et des conflits sur les contingents.
Le Conseil fédéral et le Parlement recommandent le rejet du texte, qu’ils qualifient de menace pour la prospérité, la stabilité et la sécurité du pays. Les opposants parlent d’« initiative du chaos » en raison des incertitudes qu’elle générerait pour les entreprises et les finances publiques, notamment le financement des retraites face au vieillissement.
L’UDC, de son côté, dénonce une immigration de masse responsable de la pénurie de logements, des bouchons, des trains bondés et de la pression sur le système de santé, ainsi que d’un changement profond de la population helvétique.