Mondial de football 2026 : le Canada paie, les États-Unis encaissent

Mondial de football 2026 : le Canada paie, les États-Unis encaissent© Julia Demaree Nikhinson Source: AP
Le président américain, Donald Trump, avec le président de la FIFA, Gianni Infantino, la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum et le Premier ministre canadien, Mark Carney, lors du tirage au sort de la Coupe du monde de football 2026 au Kennedy Center, le 5 décembre 2025 à Washington.
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Présentée comme une opportunité historique, la Coupe du monde 2026 pourrait coûter cher au Canada. Une enquête de Radio-Canada révèle les lourdes exigences de la FIFA, l’explosion des dépenses publiques et un partage des matchs largement favorable aux États-Unis.

Pour la première fois de son histoire, le Canada accueillera des matchs de la Coupe du monde de football en 2026, organisée conjointement avec les États-Unis et le Mexique. Une consécration sportive sur le papier, alors qu'une réalité plus complexe se dessine : le Canada pourrait bien être le grand perdant économique et politique de cette édition.

Une enquête de Radio-Canada révèle l’ampleur des exigences imposées par la FIFA aux villes hôtes canadiennes, ainsi que les concessions accordées par le gouvernement fédéral et les municipalités pour accueillir seulement une fraction de la compétition.

Un partage largement favorable aux États-Unis

Sur les 104 matchs du Mondial 2026, le Canada n’en accueillera que 13, répartis entre Toronto et Vancouver. À titre de comparaison, les États-Unis en organiseront 78, dont l’ensemble des rencontres à fort enjeu, notamment les phases finales.

Le déséquilibre est tel que plusieurs observateurs interrogés par Radio-Canada estiment que le Canada et le Mexique servent essentiellement de « faire-valoir » dans une Coupe du monde pensée avant tout pour le marché américain.
Selon un ancien haut dirigeant de la FIFA cité sous anonymat, l’attribution tripartite du tournoi n’aurait été qu’un habillage diplomatique, les véritables bénéfices étant destinés aux États-Unis.

Au cœur des critiques : les contrats imposés par la FIFA aux villes hôtes. Ces accords, longtemps restés confidentiels, montrent que les municipalités doivent céder un contrôle important sur leurs infrastructures et leur calendrier événementiel. Pendant la compétition, mais aussi sept jours avant et après, aucun autre événement sportif ou culturel majeur ne peut être organisé sans validation de la FIFA.

Montréal refuse les diktats de la FIFA

À Montreal, ces conditions ont conduit au retrait de la candidature de la ville. Le gouvernement du Québec a refusé d’accepter les exigences de la fédération, notamment l’exclusivité du Stade olympique pendant près de trois mois et la suspension potentielle d’événements majeurs comme le Grand Prix de Formule 1 ou le Festival international de jazz.

L’ancien maire de Montréal, Denis Coderre, a dénoncé des demandes « beaucoup trop gourmandes ». L’un des constats les plus marquants de l’enquête concerne l’explosion des coûts pour les villes canadiennes. À Toronto, le budget initial estimé entre 30 et 45 millions de dollars canadiens aurait bondi à au moins 380 millions. À Vancouver, les projections sont passées de 240 à plus de 620 millions.

À cela s’ajoutent les coûts assumés par le gouvernement fédéral, notamment pour la sécurité, la logistique et les infrastructures. Au total, plusieurs sources évoquent une facture globale qui pourrait atteindre ou dépasser le milliard de dollars d’argent public.

La FIFA garde les profits, le Canada assume les coûts

L’un des points les plus sensibles concerne le modèle économique même de la compétition. Selon les documents consultés par Radio-Canada, la FIFA conservera l’intégralité des revenus commerciaux : billetterie, publicité, partenariats et droits liés à l’événement.

Le gouvernement canadien aurait par ailleurs accepté d’importantes exemptions fiscales, non seulement pour la FIFA, mais aussi pour ses partenaires commerciaux, diffuseurs et acteurs directement liés à l’organisation. Autrement dit, Ottawa finance une partie importante de l’événement tout en renonçant à une part significative des recettes fiscales potentielles.

Des retombées économiques contestées

Pour justifier l’investissement, les autorités canadiennes avancent des retombées économiques estimées à 3,8 milliards de dollars et l'afflux d’un million de visiteurs internationaux. Mais ces projections sont fortement contestées.

D’abord parce que ces études ont été commandées par la FIFA elle-même. Ensuite parce que les chiffres semblent difficilement conciliables avec la réalité : 13 matchs, environ 650 000 spectateurs attendus, dont une large partie de résidents locaux.

Des documents internes du ministère du Tourisme du Québec montrent même que certaines projections antérieures de la FIFA avaient été jugées surestimées. Au-delà des chiffres, l’enquête relance le débat sur la gouvernance de la FIFA, déjà fragilisée par le scandale du « FIFA Gate » en 2015, vaste affaire de corruption ayant éclaboussé l’organisation sous la présidence de Sepp Blatter.

Sous l’ère de Gianni Infantino, la fédération continue d’être accusée d’opacité et de rapports de force déséquilibrés avec les États.

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