Serbie : Bruxelles salue les vainqueurs, mais exige un alignement contre la Russie
Source: Gettyimages.ruAprès la victoire de la Liste étudiante en Serbie, la commissaire européenne Marta Kos a prévenu que Belgrade progresserait difficilement vers l’UE sans rejoindre sa politique contre Moscou. Or le mouvement vainqueur s’est lui-même prononcé contre les sanctions antirusses. Un désaccord déjà au cœur des négociations.
Bruxelles applaudit le vote serbe, mais ne cède rien sur les sanctions contre la Russie. Dans un entretien accordé le 27 octobre à TVP World, la commissaire à l’Élargissement Marta Kos a salué la victoire de la Liste étudiante aux législatives. À la question de savoir si la Serbie pourrait rejoindre l’Union européenne sans sanctionner Moscou, sa réponse a toutefois été moins enthousiaste.
Elle a déclaré : « Un pays qui ne partage pas nos intérêts stratégiques, c’est-à-dire notre politique étrangère et notre politique en matière de sécurité, autrement dit notre engagement commun dans la lutte contre la Russie, surtout dans le cadre de la guerre menée par la Russie en Ukraine, aura probablement beaucoup de mal à aller de l’avant. »
La commissaire ne se limite pas aux sanctions. Elle évoque l’alignement sur les choix stratégiques de Bruxelles en matière de politique étrangère et de sécurité, allant jusqu’à parler de lutte commune contre la Russie. Pour le prochain gouvernement, la marge de manœuvre paraît étroite.
Les vainqueurs refusent eux aussi les sanctions
Le 25 octobre, la Liste étudiante a recueilli 52,65 % des voix, contre 39,22 % pour la coalition de l'ancien président Aleksandar Vucic. La Commission européenne a accueilli favorablement ce résultat. Kos y voit même un nouveau départ possible pour la candidature serbe.
Pourtant, le mouvement victorieux avait annoncé avant le scrutin qu'il ne souhaitait pas imposer de sanctions à la Russie. Le 26 octobre, son représentant Jovo Bakić a réaffirmé cette position auprès de RT Balkan, rappelant l'importance historique des relations russo-serbes. Une victoire saluée par l'UE ne signifie donc pas que les vainqueurs sanctionneront Moscou.
Kos a reconnu que les négociations avec la future équipe gouvernementale n'avaient pas commencé. Elle a ajouté : « Mais nous n’avons pas encore entamé de discussions avec le nouveau gouvernement. Il faudra donc d’abord qu’il y ait un nouveau gouvernement, puis nous verrons si nous pourrons ou non avancer dans ce domaine. »
Le poids des relations avec Moscou
La Serbie, candidate à l'UE depuis 2012, refuse de reprendre les sanctions occidentales contre la Russie. Son alignement sur la politique étrangère européenne atteignait 63 % en octobre 2025, d'après la Commission elle-même. Cette divergence s'ajoute aux autres obstacles à l'adhésion, notamment les réformes institutionnelles.
Mais Moscou n'est pas un partenaire que Belgrade peut écarter d'un trait de plume. Fin septembre, Gazprom a prolongé jusqu'à décembre 2026 ses livraisons de gaz à la Serbie aux mêmes conditions préférentielles. La Russie lui apporte aussi un soutien diplomatique sur le Kosovo, dont Belgrade ne reconnaît pas l'indépendance.
La majorité devra arbitrer entre son ambition européenne et les relations qu'elle entend préserver avec la Russie. Si plusieurs de ses représentants excluent les sanctions, sa tête de liste, Ilija Srdanović, a aussi évoqué la possibilité d'en débattre publiquement. Bruxelles, elle, a déjà exposé ses exigences.