Selon le Renseignement extérieur russe, la France et la Grande-Bretagne se prépareraient à discrètement doter l’Ukraine de l’arme nucléaire. Pour Karine Bechet, il s’agit d’une volonté marquée des Atlantistes de modifier la configuration du conflit en Ukraine.
Selon le communiqué publié par le Service du Renseignement extérieur russe le 24 février, la France et la Grande-Bretagne veulent transférer à l’Ukraine soit la bombe atomique, soit au minimum les moyens de fabriquer une « bombe sale ». Selon ce Service, « les discussions portent sur le transfert clandestin de composants, d'équipements et de technologies européens vers l'Ukraine. L'ogive de petite taille TN75, utilisée par le missile balistique sous-marin M51.1 français, est envisagée comme une option. » L’Allemagne aurait refusé de se joindre à cette aventure.
Il s’agit d’une violation manifeste du droit international et notamment du Traité de non-prolifération. Ce que différents officiels russes n'ont pas manqué de souligner. Pour autant, le formalisme juridique n’a pas ici sa place. Les Atlantistes sont dans une logique de guerre, non dans celle du droit international. Et malheureusement, les traités et les lois n’ont jamais arrêté une balle, un missile ou une bombe.
En ce sens, la réaction de la Russie se positionne sur plusieurs plans.
Le Parlement russe a décidé de s’adresser aux parlementaires français et britanniques, pour qu’une enquête parlementaire soit ouverte dans ces pays sur le sujet. Comme le déclare V. Volodine, le président de la Chambre basse : « Nous allons saisir les parlements français et anglais d'une proposition visant à mener une enquête parlementaire afin d'étudier les documents et la correspondance qui sont traités à l'insu du public et des citoyens de ces pays. ».
Dans quelle mesure les parlementaires français et britanniques sont-ils tenus dans l’ignorance, c’est une autre question. Peut-être simplement ne veulent-ils pas savoir ce que fait leur main droite. En tout cas, leur réaction est prévisible : il n’y aura pas d'enquête car ils soutiennent majoritairement la position atlantiste et nos anciennes démocraties occidentales ne comptent plus de véritable opposition. Donc le jeu démocratique est faussé. Quand le Parlement devient une Chambre de défoulement sans poids politique, il n’est plus qu’un lieu de légitimation de la politique conduite par les élites dirigeantes.
En revanche, en ce qui concerne l’information des populations, quand celle-ci n’est pas tue (suivant la logique selon laquelle, tout ce qui n’est pas dit n’existe pas ), elle est simplement niée et qualifiée « d’intox russe ».
À quoi bon une enquête, parlementaire ou journalistique, puisque la réponse est connue avant même que la question ne soit sérieusement examinée ?
Ces pays se considèrent en guerre contre la Russie. En tout cas, leurs élites. Et le but reste toujours le même : la défaite stratégique de la Russie. Mais comme l’a souligné le président russe Vladimir Poutine, puisqu’ils n’y arrivent pas sur le front, ils recourent au terrorisme. Et désormais envisagent le nucléaire.
En ce sens, Dmitri Medvedev, le vice-président du Conseil de sécurité de la Russie a justement souligné que le transfert de matériel militaire nucléaire à l’Ukraine, qui est un pays en guerre – certes un pays fictif, mais dont la fiction est utilisée par l’Occident – change radicalement la situation. Et la question n’est pas uniquement juridique. Le plan juridique est ici, malheureusement, secondaire.
Ainsi précise-t-il la nouvelle donne : « Il ne fait aucun doute que, face à une telle évolution, la Russie sera contrainte d'utiliser toutes ses armes nucléaires, y compris non stratégiques, contre des cibles en Ukraine qui menacent notre pays. Et, si nécessaire, contre les pays fournisseurs, qui se rendent complices d'un conflit nucléaire avec la Russie. C'est la riposte symétrique à laquelle la Fédération de Russie est en droit de se conformer. ».
Comme le souligne de son côté le Renseignement extérieur russe, dans cette configuration du conflit, les Atlantistes n’arrivent pas à vaincre sur le front. Et ils ne peuvent accepter une défaite.
La guerre en Ukraine est un conflit existentiel pour les parties au conflit, à savoir les élites atlantistes et la Russie. L’Ukraine n’est pas un sujet, elle est le lieu du conflit.
Sans changer la configuration du conflit, les Atlantistes ne peuvent pas rebattre les cartes et tenter de reprendre la main. Pour cela, différentes options s’offrent à eux.
Tout d’abord, il est possible de modifier la géographie du conflit. Ce qui explique le travail de militarisation des pays d’Europe de l’Est, qu’il s’agisse des pays Baltes, de la Pologne ou de la Roumanie, afin de préparer l’ouverture de nouveaux fronts.
Ensuite, il est possible de changer les acteurs du conflit. Ainsi, entend-on avec de plus en plus d’insistance parler de l’envoi de forces militaires de l’OTAN, officiellement cette fois, « après » la fin du conflit, quoique, interroge l’ancien Premier ministre britannique Boris Johnson, « pourquoi pas maintenant ? ».
Enfin, s’ouvre l’option d’une modification de l’intensité du conflit. Après les chars, les avions de chasse et les missiles longue portée, reste en toute logique le nucléaire. Mais c’est un tabou, pour l’instant en tout cas, même si de plus en plus de pays, comme l’Estonie ou la Pologne, se disent prêts pour la bombe atomique.
Les deux premières options sont à ce jour difficile, car elles obligent à engager officiellement des forces, qui ne sont pas forcément disponibles et avec une opinion publique dans les pays occidentaux qui ne soutient pas un engagement direct contre la Russie. Or, il s’agit bien d’une entrée en guerre officielle des pays de l’OTAN contre la Russie.
La Russie n’est pas aveugle, elle voit bien que ces pays sont déjà aux manettes, que c’est « leur » guerre. Comme le déclarait l’ancien conseiller du ministre russe de la Défense Andreï Ilnitsky, les pays occidentaux fournissent le renseignement, les armes, contrôlent et dirigent le processus, l’Ukraine elle fournit les hommes, la chair à canon. De son côté, le directeur du FSB, Alexandre Bortnikov, déclarait : « Nous comprenons parfaitement que les services de renseignement ukrainiens sont les exécutants. Ils opèrent sous la supervision, voire la tutelle, de services de renseignement occidentaux. Nous y voyons avant tout un lien avec le Royaume-Uni. ».
Mais tout cela reste caché. Donc, l’illusion peut être maintenue pour éviter une escalade du conflit, un changement de paradigme. Si la France et la Grande-Bretagne fournissent l’arme atomique à l’Ukraine, même la capacité d’une bombe sale, il ne sera plus possible de maintenir cette illusion. La Russie sera obligée de réagir, il ne s’agira pas d’une énième ligne rouge oubliée à peine bafouée par les Atlantistes. Et n’ayons aucun doute qu’une telle décision ne se prendra pas sans l’accord des États-Unis. Dans le cas contraire, cela démontrerait l’inexistence politique réelle de Trump et de son équipe de fanfarons grandiloquents.
Les médias ont beau rassurer le bon peuple au chant de « l’intox russe », que diront-ils si la Russie doit répondre à cette menace sans précédent ? Les élites atlantistes, qu’elles soient européennes ou américaines, mettent les populations occidentales en danger. Tant qu’elles resteront au pouvoir, il ne pourra être question d’une stabilisation de la situation internationale.
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