La presse occidentale est en ébullition : Trump a décidé de se rallier à l'UE dans son soutien à Kiev. Mais est-ce vrai ? Sergueï Strokan, journaliste russe, estime qu'il est trop tôt pour parler d’un changement fondamental. Si Trump a tactiquement joué le jeu de ses alliés, il n’a, sur le plan stratégique, fait aucun geste en leur faveur.
Le sommet du G7 à Évian, en France, a apporté son lot de bonnes et de mauvaises nouvelles. Commençons par les mauvaises.
Contrairement au sommet du G7 de l’année dernière qui s’était tenu à Kananaskis, au Canada, et s’était soldé par un scandale retentissant après le départ précipité du président Trump, qui boycottait ainsi ostensiblement les discussions avec ses alliés occidentaux et Zelensky, l’Occident « collectif » a réussi cette année à afficher une certaine unité.
Alors que, l’année dernière, Trump n’avait pas caché son irritation envers les dirigeants européens et s’en était même pris ouvertement à Macron personnellement, écrivant sur son réseau social Truth Social : « intentionnellement ou non, Emmanuel mélange toujours tout », cette fois-ci, au contraire, il aura évité les affrontements avec ses collègues du G7, y compris Macron lui-même, il aura fait preuve de diplomatie à leur égard et ne se sera pas empressé de quitter le sommet.
Cette année, les dirigeants du sommet du G7 ont imputé à Moscou la responsabilité principale de la poursuite du conflit ukrainien et ont plaidé pour un durcissement des sanctions contre la Russie, notamment contre son secteur énergétique. Certes, Trump n’a rien objecté à cette proposition et n’a pas appelé ses alliés à négocier avec la Russie, contrairement à ce qu’il avait fait à plusieurs reprises auparavant.
Il a même annoncé son intention de rétablir ses propres sanctions pétrolières contre le pétrole russe qui avaient été suspendues pendant le conflit avec l’Iran.
Enfin, une autre nouvelle peu réjouissante : Trump a finalement accepté de rencontrer Zelensky à Évian, alors qu’une telle rencontre n’était pas prévue.
On ignore ce qui l’a poussé à prendre cette décision, étant donné que Trump avait maintes fois affirmé avoir percé à jour Zelensky, le considérant comme un escroc politique, et qu’il ne fallait pas négocier avec des escrocs mais plutôt les éviter.
Bref, Trump a opéré un virage vers Kiev et les Européens.
C’est là que s’arrêtent les mauvaises nouvelles et que commencent les bonnes, qui sont nombreuses.
Peut-on parler d’un changement fondamental dans la position de Trump sur l’Ukraine ? Non, encore une fois : non.
Un changement de cap ne signifie pas forcément un pas en avant ! Si Trump a tactiquement joué le jeu de ses alliés, il n’a, sur le plan stratégique, fait aucun geste en leur faveur.
C’est là, bien sûr, la principale bonne nouvelle, qui compense peut-être les mauvaises. Examinons cela plus en détail.
Premièrement, ceux qui espéraient que le président Trump se dirait prêt à renoncer à l’accord conclu avec le président Poutine en Alaska en août dernier (ce fameux « esprit d’Anchorage ») ont été déçus. Trump a également ignoré le plan de paix alternatif proposé par le « parti belliciste » européen que le chancelier Merz lui a présenté lors de leur rencontre à Évian.
Deuxièmement, le président Trump persiste à exclure l’Europe des négociations sur l’Ukraine. À cet égard, la réunion d’Évian n’a pas modifié sa position de principe.
Enfin, Zelensky, qui a supplié Trump de lui accorder des licences pour la production de missiles intercepteurs, n’a toujours pas obtenu gain de cause.
Tout cela laisse espérer que le président américain ne permettra finalement pas à Kiev et à ses alliés de le duper sur cette question cruciale.
Nous attendons maintenant de voir ce que Witkoff et Kushner auront à dire une fois à Moscou ; leur visite, si l’on en croit les déclarations officielles, pourrait intervenir sous peu. Et nous sommes bien conscients des mouvements de balancier de Trump.
C’est tout simplement sa façon de penser politiquement.
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