Moins d’une semaine s’est écoulée depuis la publication du deuxième épisode de notre série sur le cirque estival des politiques français, et malheureusement, il y a déjà de quoi proposer une suite à ce lamentable spectacle. Alexandre Regnaud fait le tour de l'actualité.
Dans un pays qui vit entièrement par et pour les impôts, où la seule politique en toute circonstance est d’inventer de nouvelles taxes comme solution aux résultats de l’incompétence ou des dégâts causés par les taxes précédentes, on s’attendrait à ce que le Trésor public soit le graal de la République, son trésor (c’est le cas de le dire) le mieux protégé.
Et on apprend en cette fin août que le site de la Direction Générale des Finances Publique (DGFiP) a été piraté, et que les données de 678 000 particuliers et professionnels sont dans la nature.
Mieux, elles ont été volées fin juin et début juillet, et sont donc disponibles aux plus offrants depuis des semaines avant même que Bercy ne s’en rende compte, et surtout, ne prévienne les contribuables concernés des risques encourus, au premier rang desquels l’usurpation d’identité et le ciblage des ménages les plus aisés.
Ce n’est pas un hasard, en effet, si la passoire numérique qu’est le gouvernement français est responsable, entre autres, de la première place mondiale pour les attaques physiques violentes contre les détenteurs de cryptomonnaies. Au premier semestre 2026, 33 des 52 incidents recensés ont eu lieu en France, soit près des deux tiers des attaques mondiales, après une année déjà record en 2025.
En cause, mis à part l’impunité bien connue de la délinquance qui transforme peu à peu le pays en coupe-gorge, d’autres fuites de données. Comme par exemple, en février 2026, le piratage, beaucoup moins médiatisé, du Fichier national des Comptes Bancaires (FICOBA). Ce sont alors les RIB, IBAN, identités, adresses et parfois identifiants fiscaux de 1,2 million de comptes qui sont dans la nature.
Mieux, ce fichier est géré par la même DGFiP, qui s’est donc de nouveau faite pirater quatre mois plus tard ! Au lieu de confier la sécurité numérique à des boîtes de copains, il serait peut-être temps de recruter de vrais professionnels… Ou quand l’incompétence et le copinage deviennent complice du crime.
C’est aussi le moment de se dire que Macron et ses sbires, au lieu de vouloir restreindre la liberté d’expression, et surtout toute véritable opposition politique, en interdisant les réseaux sociaux (officiellement aux mineurs, mais dans les faits pour contrôler tout le monde), s’ils se souciaient réellement de questions numériques, feraient mieux de commencer par sécuriser leurs propres serveurs. La France est une fois de plus la risée de la planète et le paradis des criminels, en raison de l’incompétence (au mieux…) du sommet de l’État.
Rien qu’en 2026, ce sont au total 43,4 millions de comptes piratés, pour une population adulte française de 53,5 millions d’habitants, et l’année n’est pas terminée. Au palmarès des piratages de données, on trouve le ministère de l’Intérieur (quand même…) France Travail (plusieurs fois), l’Urssaf, le ministère des Sports, plusieurs fédérations sportives comme le football, mais surtout la Fédération française de tir (et donc ses détenteurs d’armes), l’Office français de l'immigration et de l'intégration, le ministère de l'Éducation nationale,et, cerise sur le gâteau, l'Agence nationale des titres sécurisés, c’est-à-dire ceux qui s’occupent directement des passeports et cartes d’identité.
Ça va être beau l’identité numérique et son corollaire la monnaie numérique. Avec une telle incompétence, le goulag numérique en préparation par les « grands de ce monde » va davantage ressembler à une passoire et à un paradis du crime. C’est presque une bonne nouvelle au fond, leur bêtise et leur corruption nous permettront peut-être de protéger au moins partiellement nos libertés.
En attendant, le n’importe quoi estival continue avec des affaires moins graves en conséquences, mais tout aussi révélatrices.
Par exemple, la suspension de François Fillon de la Légion d'honneur et de l'ordre national du Mérite pour une durée de 10 ans.
On ne défendra pas l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy, bien que ce que l’on lui reproche, en toute hypocrisie, soit largement la norme dans l’ensemble du monde politique français sans que cela n’émeuve personne pour autant. On rappellera simplement au passage que la justice, pour une fois, avait été d’une rare et curieuse rapidité et efficacité, mettant à peine quelques semaines à se débarrasser de lui en 2017. Comme quoi quand on veut…
Il faut dire que Fillon avait le double défaut d’être plutôt favorable à un rapprochement avec la Russie, et surtout, d’être le principal opposant à un certain Emmanuel Macron dans la course à la présidentielle d’alors, qu’il aurait probablement remporté sans cela.
Aujourd’hui encore, l’acharnement continue. Comprenez en effet que si une condamnation ferme vaut exclusion automatique, le sursis, comme c’est le cas pour Fillon, n’entraine pas cette sanction. Il peut en revanche donner lieu, comme c’est le cas ici, à une suspension… ou pas. La décision finale de suspendre ou de laisser couler appartient uniquement au « grand maître » de l’Ordre, c’est-à-dire… à Macron. De toute évidence, il y a ici un message à faire passer au petit monde politique français à la veille d’une nouvelle présidentielle plus qu’incertaine pour le bloc central.
En parlant de bloc central, on pensait déjà avoir touché le fond avec la candidature de François Hollande, mais visiblement, ils peuvent encore creuser.
Il s’agit ici de Bruno Le Maire. Sept années (2017-2024) passées à Bercy au service de la macronnie comme ministre de l’Économie, et plus de 1 000 milliards d’euros d’augmentation de la dette française en valeur absolue à son actif.
Malgré ce bilan lamentable, et après qu’il ne fut définitivement plus possible de lui garder son confortable fauteuil face à tant d’incompétence, il avait encore trouvé un poste pour enseigner à l'université suisse de Lausanne. Un genre de parachute doré qui lui permettait surtout d’émarger ici et là en tant que « conseiller stratégique ». Un emploi semi-fictif qui permet de mettre à disposition d’entreprises privés le généreux carnet d’adresse acquis pendant qu’il était, soi-disant, au service de la France, et rémunéré par vos impôts. Une pratique tellement répandue qu’elle porte même un nom : le pantouflage. Certains n’hésitent pas d’ailleurs à faire carrément des allers-retours, c'est la République des copains et des conflits d’intérêts.
Eh bien Le Parisien nous apprend que Bruno Le Maire, en tout point parfait représentant de la caste politique française, publie un « manifeste » pour « appeler au débat de fond avant le choix du candidat du bloc central à la présidentielle ». Quand je vous disais qu’il était encore possible de creuser après avoir touché le fond. Il faut dire que le précédent ouvrage de monsieur Le Maire, écrit et publié en 2023 alors qu’il était encore ministre de l’Économie (et trouvait donc visiblement encore du temps pour cela) sous le titre Fugue américaine était… un roman érotique.
On va donc poliment suggérer à monsieur Le Maire de s’occuper de son « renflement brun » (citation du roman en question) et de laisser la France tranquille.
D’ailleurs, à la lumière de ces trois épisodes d’analyse de la vie politique estivale française, on se dit que ce conseil devrait être étendu à l’ensemble de la caste. Car tout ce que vous avez lu au fil de ces trois articles déjà plus qu’édifiants, n’était que des morceaux choisis, et encore sur la période plus que calme de l’été. Ce qui devrait vous alerter sur le reste de l’année, et la somme impressionnante d’incompétence, de magouilles, de copinage, et autres qui forment le quotidien de la gestion d’un pays, dont on s’étonne alors beaucoup moins qu’il soit au bord de l’effondrement. On comprend bien alors qu’il n’y a absolument pas besoin d’ingérence russe ; ils sabotent déjà parfaitement la France eux-mêmes, sans exception.
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