À l'approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, l'accès de l'Ukraine à Starlink devient plus qu'un sujet militaire pour l'establishment américain. Explications de Valentin Bogdanov, chef du bureau de la chaîne VGTRK à New York.
On pourrait se demander indéfiniment pourquoi Donald Trump a coupé l’accès à Starlink à Zelensky avant de le rétablir. Une chose est claire : en utilisant cette laisse imposée à l’Ukraine depuis l’espace proche (que ce soit de sa propre initiative ou en faisant un clin d’œil à Elon Musk, peu importe), le président américain a résolu un objectif tactique bien compréhensible pour lui, tant dans le contexte des négociations que dans celui des élections de mi-mandat. Ce sont justement les répercussions politiques internes de cette décision qui pourraient s’avérer les plus importantes pour Trump.
Les démocrates, ayant humé l'odeur du sang, mobilisent toutes leurs forces pour transformer ce scandale de fin de campagne soit en une « surprise d’octobre », soit en un « cygne noir ». Le sénateur Adam Schiff a déjà exigé que le milliardaire témoigne devant le Sénat. Les républicains aussi lui mettent des bâtons dans les roues. Ce sont principalement des faucons qui quittent définitivement la colline du Capitole. Tom Tillis rassemble des lettres pour inciter l’inspecteur général du Pentagone à ouvrir une enquête. Quant au député Brian Fitzpatrick, il menace de réduire le budget de ceux qui limiteraient l’accès de l’Ukraine à Starshield. Même ceux qui n’auraient pas dû se révolter sont sortis de leur torpeur.
Dès les premières heures de la controverse, Hillary Clinton s’est adressée à Musk : « N’abandonnez pas les Ukrainiens. » Ce message était encore relativement convenable. Mais ensuite, plus personne ne s'est retenu. Kara Swisher, la coprésentatrice d’Hillary dans le nouveau podcast « High Stakes », « met les choses au clair » en exprimant à haute voix ce dont rêvent de nombreux libéraux aux États-Unis : si Kamala Harris était à la Maison Blanche, Musk serait peut-être déjà en prison. Mais tout n’est pas encore perdu. On dit que si le Sénat échappe à Trump, ils ne s’en prendront pas seulement à Musk. Bref, cette mobilisation de Clinton rappelle à la fois 2016, la « chasse aux sorcières » et la première procédure de destitution de Trump.
La citation biblique tirée de l’Évangile selon Matthieu, utilisée par Musk en réponse – « Tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée », a-t-il écrit sur sa page – n’a absolument rien à voir avec la volonté de tendre l’autre joue. L’homme le plus riche du monde et l’un des plus influents des États-Unis promet de découvrir qui tire réellement les ficelles de cette affaire, menaçant de se venger non plus des marionnettes, mais des marionnettistes.
L’apparition à l’horizon de J. D. Vance vient parachever le tableau avant la bataille. Rien de personnel, c’est juste les affaires. Tel était le message conciliant du partenaire de Trump, qui a déclaré que Musk, en tant que dirigeant de l’entreprise privée SpaceX, ne voulait tout simplement pas s’impliquer dans une guerre entre deux États sans directives du gouvernement. Sauf qu’il ne pourra pas échapper à la guerre civile. En réalité, les démocrates ont depuis longtemps condamné Elon. Starlink n’est donc qu’un prétexte.
La première raison, ce sont les élections. Musk a déjà investi 366 millions de dollars pour soutenir des candidats républicains : plus que pour la campagne de Trump en 2024. Les démocrates ont depuis longtemps dressé la liste de ce qu’ils veulent faire examiner à son sujet : les décisions du DOGE, les contrats publics et maintenant Starlink. Ainsi, pour Musk, le 3 novembre n’est plus une question d’idéologie, mais de sécurité personnelle : si les démocrates remportent les deux chambres, les citations à comparaître vont pleuvoir dès la première semaine.
La deuxième raison, c’est le tandem Trump-Musk, ou, plus précisément, Musk-Vance. L’attaque contre le patron de SpaceX est en réalité une manœuvre qui s’inscrit dans une stratégie à long terme. Elon est le représentant le plus en vue de cette nouvelle génération de magnats de la tech, apparue à l’ère de la révolution de l’IA. Peter Thiel, David Sacks, Joe Lonsdale et Palmer Luckey en font également partie : ce sont tous des optimistes technologiques partageant une méfiance à l’égard de toute réglementation excessive, ce qui les a nettement fait pencher à droite ces dernières années, vers le courant du cyberlibertarianisme. Beaucoup d'entre eux ont, par ailleurs, gagné en influence au sein de l’administration de la Maison Blanche, et chacun aimerait forcément conserver cette influence sous une éventuelle administration Vance, dont l’ascension est précisément due à ce groupe.
Dans cette optique, le « cygne noir » du scandale autour de Starlink, déployant ses ailes au-dessus du nouveau Congrès, pourrait devenir un facteur déterminant de la prochaine campagne électorale – la présidentielle. Les démocrates, que Musk a sérieusement malmenés au début du mandat de Trump, régleront leurs comptes avec lui, pour eux-mêmes comme pour la galerie. Leur cible : le principal successeur potentiel de Trump, J. D. Vance. Avec 2028 en ligne de mire.
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