Accusations de terrorisme : les indépendantistes de Nouvelle-Calédonie devant la justice

Accusations de terrorisme : les indépendantistes de Nouvelle-Calédonie devant la justice© Getty Images
Manifestation des indépendantistes kanaks. [Photo d’illustration]
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Christian Tein, président du FLNKS, poursuit la loyaliste Sonia Backès pour diffamation après des propos l’assimilant à un «terroriste». La défense invoque la liberté d’expression et le contexte des violences de 2024, tandis que le FLNKS dénonce un amalgame. Le tribunal rendra sa décision le 25 mars.

Le 15 janvier, Christian Tein a comparu par visioconférence devant la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris. Le président du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) s’y présente comme plaignant, poursuivant Sonia Backès pour diffamation.

La cheffe de file des loyalistes, également présidente de la province Sud, devait se rendre à l’Élysée le lendemain pour une réunion sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, mais elle ne s’est pas déplacée à l’audience.

Au cœur du litige, des propos tenus le 3 septembre 2024 sur RTL, quelques mois après l’insurrection violente de mai. Sonia Backès y affirmait que le FLNKS avait porté à sa tête « le chef des terroristes » et évoquait, à Saint-Louis, la présence de « 35 terroristes formés pour tuer des gendarmes ».

Pour la défense, assurée par Me Rémi Lorrain, ces déclarations relèvent du débat politique et de la liberté d’expression. Selon lui, face à des violences visant à bloquer un projet de loi sur l’élargissement du corps électoral, les responsables publics seraient fondés à « nommer les choses ».

« Le terroriste à l’Élysée »

L’avocat invoque une « base factuelle » solide : la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT), dirigée par Christian Tein, avait été qualifiée d’« organisation mafieuse » par le ministre de l’Intérieur, l’enquête avait mobilisé la sous-direction antiterroriste et l’état d’urgence avait été décrété. Une note évoquant un « terrorisme indépendantiste » kanak avait même circulé dans les milieux sécuritaires.

Mais pour Christian Tein, l’amalgame est inacceptable. « Un terroriste, c’est quelqu’un qui tue des gens », a-t-il rappelé à la barre, citant le Bataclan pour illustrer ce qu’il considère comme un seuil de violence incomparable. Mis en examen pour association de malfaiteurs et divers délits liés aux émeutes, il n’a jamais été poursuivi pour des faits qualifiés de terroristes. Il affirme n’avoir jamais appelé à mettre des vies en danger.

Son avocat, Me Florian Medico, a rappelé qu’Emmanuel Macron l’avait rencontré à Nouméa dès le 23 mai 2024 pour obtenir la levée des barrages, mission qui lui a valu des critiques internes. D’où une formule ironique : « Le terroriste à l’Élysée, voilà qui ferait un mauvais livre. » La défense du FLNKS insiste sur l’inscription de ce conflit dans une longue lutte politique et historique, distincte du terrorisme.

La jurisprudence en matière de diffamation laissant une large marge d’appréciation, le tribunal pourrait aussi bien relaxer Sonia Backès que la condamner. Verdict attendu le 25 mars.

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