Euthanasie en France : Macron pousse, Lecornu traîne, l’exécutif désaccordé

Euthanasie en France : Macron pousse, Lecornu traîne, l’exécutif désaccordé© Christian Liewig - Corbis Source: Gettyimages.ru
Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu
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À la veille du vote définitif à l’Assemblée sur l’aide à mourir, Emmanuel Macron veut conclure cette réforme, tandis que le Premier ministre Sébastien Lecornu saisit le Conseil constitutionnel sur les points les plus controversés.

Il s’agit d’un désaccord rare au sommet de l’État qui révèle les tensions sur l’euthanasie entre Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu. Ce coup de théâtre s'est produit le 14 juillet, à quelques heures du scrutin solennel prévu le 15 juillet. Le Premier ministre, réputé réservé sur la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, a annoncé son intention de déférer trois aspects majeurs du texte aux Sages.

Un exécutif en dissonance sur la fin de vie

Cette initiative de Sébastien Lecornu souligne une fébrilité et une divergence de fond avec le chef de l’État. Alors qu’Emmanuel Macron fait de cette réforme un élément central de ses deux quinquennats et pousse à son aboutissement rapide, Matignon cherche à apaiser les opposants en soumettant au Conseil constitutionnel le délai de rétractation de deux jours, la situation des majeurs protégés et l’obligation pour tous les établissements de santé de pratiquer l’aide à mourir. « Cette saisine doit pouvoir apporter sur ces questions l’ensemble des clarifications nécessaires, afin que l’application de la loi, si celle-ci est votée, puisse se faire dans le plein respect des principes que notre Constitution garantit et, en particulier, de la dignité humaine », justifie Matignon. L’Élysée assure que la démarche a été « calée » avec la présidence, mais l’initiative apparaît comme une prise de distance du Premier ministre, qui n’a jamais caché ses réticences personnelles sur le sujet. Des ministres confirment en privé son opposition intime.

Des débats vifs et des oppositions persistantes

Le texte, qui déroge à l’interdit de tuer en instaurant un « droit à l’aide à mourir », a déjà été adopté quatre fois par l’Assemblée mais rejeté trois fois par le Sénat. Le gouvernement a choisi de donner le dernier mot aux députés. Sur les réseaux, les réactions traduisent le malaise. Le grand reporter Pierre Barnérias argue ainsi : « Une société digne ne facilite pas la mort. Elle accompagne, elle soigne, elle soulage, elle protège les plus fragiles ».

Les critiques portent également sur le délai trop court de réflexion, jugé incompatible avec l’irréversibilité de l’acte, et sur la protection des majeurs vulnérables dont le consentement « libre et éclairé » repose sur l’appréciation du médecin.

Les établissements privés, comme ceux des Petites Sœurs des pauvres, craignent d’être contraints et menacent de fermer. Le président du Sénat, Gérard Larcher, a également annoncé une saisine, tout comme des sénateurs LR. Ces démarches rares soulignent l’ampleur des réserves, y compris dans la majorité, où certains députés macronistes expriment des doutes croissants au fil des lectures.

La fondation Lejeune, fer de lance de la défense de la vie, appelle, à l’instar d’autres organisations pro-vie, à un rassemblement à 19h sur l’esplanade des Invalides près de l’Assemblée nationale.

Le vote définitif devrait aboutir ce 15 juillet, marquant une des rares réformes du quinquennat. Le Conseil constitutionnel pourra censurer partiellement ou émettre des réserves, sans réécrire le texte. L’exécutif reste divisé sur la mise en œuvre, entre l’ambition présidentielle et la réserve de Matignon.

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