Explosion du banditisme de la drogue à Paris : «L'Île-de-France est une importante destination de stupéfiants»
© Jean-Pierre REY/Gamma-Rapho Source: Gettyimages.ruLa directrice de la section criminalité organisée du parquet de Paris, Clémence Girard, alerte sur la montée en puissance des réseaux de stupéfiants en Île-de-France, hub majeur d'importation et théâtre de violences croissantes, notamment en Seine-Saint-Denis.
Clémence Girard, magistrate, décrit une région capitale devenue plaque tournante du trafic, avec des organisations de plus en plus sophistiquées, mobiles et violentes, capables d'infiltrer divers milieux tout en alimentant des guerres de territoires meurtrières.
Un hub criminel sous tension et une généralisation de la corruption
Clémence Girard, qui dirige depuis septembre 2025 la section criminalité organisée non financière de la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Paris, dresse un constat sans appel dans les colonnes du quotidien de centre gauche.
« L'Île-de-France est une destination importante de stupéfiants », affirme-t-elle. La région concentre les flux routiers, maritimes et surtout aériens via Roissy et Orly. Cocaïne en provenance des Antilles ou d'Amérique du Sud , cannabis depuis le Canada, les États-Unis ou la Thaïlande : les saisies dans les aéroports parisiens ont plus que doublé en 2025, atteignant neuf tonnes dans un contexte d'explosion du trafic en Europe.
Sur X, la déclaration suscite déjà des réactions ironiques alors que les affaires de cartels se multiplient, illustrées notamment par le cas de la DZ Mafia . « Dingue ! Qui l'eut cru ! », ironise un internaute en partageant l'entretien.
Dingue ! Qui l’eut cru !
— Pierre Degoul (@PDegoul) August 9, 2026
Clémence Girard, directrice de la section criminalité organisée du parquet de Paris : « L’Ile-de-France est une importante destination de stupéfiants » https://t.co/saHoi7qLoI
La magistrate souligne l'adaptation permanente des organisations criminelles, passée d'un simple trafic à des structures « multicartes » naviguant entre stupéfiants, braquages, meurtres et blanchiment. En Seine-Saint-Denis, les points de deal génèrent des rivalités et des guerres de territoires. Les « jambisations », tentatives d'homicide et d'assassinats se multiplient.
En 2024, neuf assassinats ou tentatives liées, survenus dans l'espace de neuf mois à Sevran, ont été traités par la JIRS. Les découvertes d'armes de guerre ne sont pas rares.
Ces réseaux ne se contentent plus des cités. Ils pénètrent la sécurité privée, la musique ou les circuits économiques. « La compromission est un ressort incontournable », insiste Clémence Girard, qui évoque des cas de corruption d'agents privés ou de l'État.
Sans parler de mafia structurée, elle décrit des « comportements mafieux » visant à déstabiliser les institutions.
Dans le 19e arrondissement de Paris, la lutte contre le crack a déjà conduit à plus de 300 interpellations et près de 2 000 expulsions depuis avril. La création du Parquet national anticriminalité organisé (Pnaco) en janvier 2026 a recentré la JIRS sur l'échelon interrégional, mais le magistrat appelle à davantage de moyens pour faire face à la complexité croissante des dossiers.