Pour Rama Yade, la France tient en grande partie sa «fameuse grandeur» de son influence en Afrique
© Charles Platiau Source: ReutersL'ancienne secrétaire d'Etat qui vit aujourd'hui à Washington estime que la grandeur de la France à l'international est principalement liée à son influence en Afrique à la faveur de la francophonie.
Dans un entretien publié le 18 décembre dans Jeune Afrique, l'ancienne secrétaire d'Etat Rama Yade, qui vit désormais aux Etats-Unis, estime qu'«avec le recul géographique», elle se rend davantage compte que «l’empreinte de la France en Afrique reste forte» et que c'est cela qui fait la «grandeur» du pays.
Ainsi, elle constate que certains pays du Sahel alliés de la France s'en remettent souvent au jugement de Paris. «J’observe aussi que la fameuse grandeur de la France, sa singularité, la France la tient surtout de cette influence en Afrique. Plus que je ne le pensais», assure Rama Yade.
Selon elle, cette influence est à la fois une «force», grâce notamment à la francophonie, mais constitue dans le même temps une «vulnérabilité».
«Pourquoi les élites françaises ne font-elles pas plus pour préserver un tel atout en travaillant à gagner plus de popularité auprès des opinions ?», s'interroge-t-elle, jugeant au passage que les «discours électoraux qui présentent l’Afrique comme une menace sont incompréhensibles» alors que «le siècle qui vient sera africain».
Installée à Washington, Rama Yade est directrice Afrique du think tank Atlantic Council. Elle s'est récemment attiré la colère de nombreux commentateurs français après une interview publiée le 19 novembre par L'Express, au cours de laquelle l'ex-secrétaire d'Etat vantait l'idéologie «Woke» née aux Etats-Unis et déclarait notamment que «passer à Paris devant la figure de Colbert, ce grand ennemi de la liberté», constituait pour elle «une micro-agression».
Interrogée sur cette polémique par Jeune Afrique, l'ancienne secrétaire d'Etat juge qu'il ne faut surtout pas détruire les statues de personnages historiques contestés, car «on n’en apprendrait rien».
«Je veux qu’on arrête de les célébrer à chaque coin de rue, qu’on les mette dans des musées et qu’on les enseigne pour les mettre en perspective», précise-t-elle. «On nous dit de ne pas mélanger mémoire et Histoire, mais ce n’est pas l’Histoire qui a amené Colbert devant l’Assemblée, c’est une décision politique. L’enlever, c’est reconnaître le rôle de la France et de ses grands hommes dans un crime abominable [l'esclavage].»