Les mers d'Europe en surchauffe : jusqu'à 6°C au-dessus de la norme

Les mers qui bordent l'Europe connaissent cette année une chaleur exceptionnelle. Une étude attribue cette situation au réchauffement climatique, qui amplifie fortement les vagues de chaleur marines. Les chercheurs alertent sur leurs effets pour la faune, la flore, la pêche et les populations installées sur les littoraux européens déjà fragilisés.
Les eaux qui entourent l'Europe atteignent cet été des températures particulièrement élevées. Dans certaines zones de l'Atlantique et de la Méditerranée, la température de la mer dépasse actuellement de 6°C les valeurs habituelles. Selon une étude publiée ce 19 août par les chercheurs du consortium World Weather Attribution et consultée par Politico, le réchauffement climatique joue un rôle déterminant dans cette situation.
Les scientifiques ont étudié quatre grandes zones maritimes : l'est et l'ouest de la Méditerranée, les eaux atlantiques situées autour du golfe de Gascogne et de la péninsule Ibérique, ainsi que celles qui bordent l'Irlande et l'ouest de la Grande-Bretagne. Leurs calculs montrent que le changement climatique a ajouté environ 2°C aux températures observées dans les deux parties de la Méditerranée. Son influence est estimée à 1,4°C autour de la péninsule Ibérique et à 1,3°C dans les mers proches de l'Irlande.
Par ailleurs, l'effet du réchauffement ne se limite pas à une élévation des températures. Il augmente également considérablement l'étendue des vagues de chaleur marines. Cette année, celles-ci ont concerné 90 % du golfe de Gascogne et 80 % de la Méditerranée occidentale.
Dans un monde simulé sans changement climatique, les chercheurs estiment que seulement 40 % de chacune de ces deux zones auraient été touchées. L'écart apparaît encore plus important en Méditerranée orientale. Environ 70 % de ses eaux ont connu une vague de chaleur marine cette année, contre seulement 9 % dans un scénario sans changement climatique. Autour de l'Irlande, la proportion passe de 80 % dans les conditions actuelles à 30 % dans un tel scénario.
Des écosystèmes marins sous pression
Les océans absorbent la très grande majorité de la chaleur excédentaire produite par la combustion des énergies fossiles, ce qui bouleverse progressivement les conditions de vie de nombreuses espèces. Certaines peuvent se déplacer vers des eaux plus fraîches, mais les organismes qui ne disposent pas de cette possibilité sont particulièrement vulnérables. Les coraux et les herbiers marins risquent notamment de subir une mortalité massive. Des eaux anormalement chaudes peuvent également favoriser la multiplication des méduses et perturber les écosystèmes dont dépendent l'activité de la pêche.
Les conséquences peuvent aussi se faire sentir sur les côtes. Une mer plus chaude accentue la combinaison de chaleur et d'humidité à laquelle sont exposées les populations du littoral. Elle augmente parallèlement la quantité d'humidité susceptible d'alimenter des phénomènes météorologiques violents.
Les chercheurs rappellent à ce titre les inondations meurtrières survenues à Valence en 2024. Une température élevée à la surface de la mer peut fournir davantage d'énergie aux tempêtes, tandis que les épisodes de forte chaleur terrestre exercent simultanément une pression supplémentaire sur les régions côtières.