Jacques Baud, peut-il et doit-il retourner en Suisse ?

Jacques Baud, peut-il et doit-il retourner en Suisse ?
Jacques Baud, peut-il et doit-il retourner en Suisse ? [image d'illustration générée par l'intelligence artificielle]
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Le chroniqueur Jacques Frantz s'interroge sur la pseudo-neutralité de la Suisse dans l'affaire des sanctions occidentales à l'égard des personnes qui osent contredire le narratif occidental.

En réaction au direct de Christelle Néant du 23 janvier, émission diffusée tous les vendredis soir, qu’il me soit permis de faire part ici de certaines réflexions sur le sujet indiqué en titre.

Les faits

Jacques Baud a été frappé de sanctions par l’Union européenne au motif, si j’ai bien compris, qu’il ferait de la propagande pro-russe, ce dont il se défend.
Pardon de me répéter, mais le terme de sanction est inapproprié. La prétendue « propagande pro-russe » n’est sanctionnée par aucun code pénal, et même si tel était le cas, il faudrait qu’à l’instar de toute infraction pénale, que cela fût instruit et jugé. Il faudrait de surcroît que les personnes ou entités qui prononcent des sanctions soient autrement habilitées que par elles-mêmes. Jamais à ma connaissance les législateurs de pays souverains ne se sont prononcés sur le sujet.

Qui est Jacques Baud ?

Né en 1955, c’est un militaire suisse qui a obtenu le grade de colonel, qui est le grade le plus élevé en Suisse en temps de paix. Il est hautement qualifié : spécialiste en renseignement stratégique, il a occupé plusieurs postes prestigieux à l’OTAN et à l’ONU, au siège à New York, mais aussi sur le terrain au Soudan et au Congo.
Auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels on peut citer Gouverné par les fake news, Poutine maître du jeu ou encore Opération Z, il intervient régulièrement sur plusieurs plateformes hors média mainstream. Et c’est précisément ce qui lui est reproché. Il convient d’ajouter à ce stade que Jacques Baud n’a recours pour ses analyses qu’à des sources occidentales ou ukrainiennes, précisément pour ne pas être accusé de proximité avec la Russie. Comme on l’a vu, c’est peine perdue. Car, contrairement aux généraux cathodiques, Jacques Baud ne se laisse pas imposer un « narratif ». Il s’en tient à l’analyse des faits. Et ça, pour un Occident en pleine guerre de l’information, c’est inacceptable.
Les sanctions consistent à priver Jacques Baud de toute vie économique, sans – faut-il le rappeler – aucune décision de justice. Concrètement ses comptes sont gelés, il ne peut ni les approvisionner ni retirer de l’argent, il ne peut effectuer aucun achat avec une carte bancaire, même pour satisfaire à ses besoins fondamentaux. Pour faire bonne mesure, on ajoutera qu’il n’a pas le droit de se déplacer au sein de l’espace Schengen.

Jacques Baud devrait-il rentrer en Suisse ?

Comme le suggère Christelle Néant dans son direct, le retour de Jacques Baud en Suisse est une option à examiner. La Suisse est en effet hors de l’Union européenne, mais adhérente aux Accords de Schengen. Elle n’est théoriquement pas tenue d’appliquer les oukases de Bruxelles où, soit dit en passant, Jacques Baud réside. Cependant, alors que rien ne l’y oblige, la Suisse met un point d’honneur à appliquer les sanctions avec un zèle particulier. Quand je dis particulier, il faut comprendre la position du gouvernement suisse. La Suisse, c’est bien connu, est neutre. Par conséquent, elle n’a pas à se soumettre à ce genre de directives. Mais en sous-main, elle ne décourage pas (bien au contraire) les entités privées à se conformer aux oukases internationaux.

Ainsi, il y a fort à parier que les banques suisses auraient (si elles ne l’ont pas déjà fait) tôt fait de bloquer les avoirs bancaires de l’intéressé. De son côté, le gouvernement suisse, tel Pilate, s’en laverait les mains arguant qu’il s’agit d’une affaire privée entre une banque et son client et qu’il n’a pas à s’en mêler. Au niveau hypocrisie c’est un sans faute quand on sait que sans service bancaire, il n’y a pas de vie économique et sociale possibles. Il est donc fort probable que Jacques Baud se voit signifier la fermeture de ses comptes.
C’est du reste ce qui est arrivé à bon nombre de Suisses vivant en Russie depuis le début de l’opération militaire spéciale. À telle enseigne que les banques suisses, dans un excès de zèle dont elles ont le secret, sont allées jusqu’à priver de comptes certains membres du personnel de l’ambassade.

On comprend dès lors pourquoi la population suisse a l’intention d’empêcher la disparition de l’argent liquide. Car dans un monde sans argent liquide, les cas analogues à celui de Jacques Baud sont appelés à se multiplier. Une bonne raison de bien réfléchir.`

Retrouvez d'autres articles de Jacques Frantz sur son blog.

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