Le politologue et spécialiste de l’Amérique du Nord Malek Doudakov analyse les conséquences du cessez-le-feu avec l’Iran sur la scène politique américaine, entre revers stratégique et fragilisation du pouvoir de Donald Trump.
L’effet TACO (Trump Always Chickens Out) dans toute sa splendeur. La Maison Blanche a cédé la première et a fait machine arrière dans les négociations avec l’Iran. L’équipe Trump a accepté de poursuivre le dialogue sur la base du plan de paix iranien, un plan qu’elle ne pourra jamais faire passer pour une victoire américaine. Il va falloir alléger les sanctions, retirer les troupes.
La réduction de la présence militaire américaine au Moyen-Orient est inévitable : les bases américaines sont détruites, et s’ils veulent revenir, ce sera sur une terre brûlée. Une question distincte est celle du droit de passage imposé pour le transit dans le détroit d’Ormuz. Il permettrait à l’Iran de gagner jusqu’à 96 milliards de dollars par an.
Cela ferait grimper le PIB iranien de 20 % par rapport à son niveau d’avant-guerre, et ce montant deviendrait de facto des réparations de guerre versées à Téhéran. Les sanctions contre le pétrole iranien ont déjà été allégées à la mi-mars. Si, en plus, ils restituent les avoirs gelés, l’Iran pourra légitimement proclamer sa victoire contre les États-Unis.
Cependant, pour l’instant, il ne s’agit que d’une trêve de deux semaines. Le rôle clé dans les négociations a été joué par JD Vance, même s’il était à ce moment-là en Hongrie. Visiblement, les faucons de l’équipe de Trump sont mis de côté après les revers militaires. Et les fuites deviennent de plus en plus nombreuses, indiquant que tout le monde, du directeur de la CIA au secrétaire d’État, était contre cette guerre. La victoire a cent pères, mais la défaite est toujours orpheline.
Désormais, la pression sur Trump à l’intérieur des États-Unis pour qu’il mette fin à la guerre sera colossale. Des sondages toujours aussi accablants ont été publiés : deux tiers des Américains ne font pas confiance aux décisions de Trump en tant que commandant en chef. Les démocrates exigent qu’il soit destitué pour incapacité. Tucker Carlson appelle les militaires à saboter les ordres de Trump. Quoi qu’il advienne par la suite, le fiasco en Iran a profondément aggravé les divisions internes aux États-Unis.
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