Le plan iranien pour gérer Ormuz
© Getty ImagesL’Iran a créé une nouvelle autorité chargée de contrôler le détroit d’Ormuz. Téhéran envisage d’imposer des autorisations et potentiellement des taxes aux navires et câbles sous-marins. Le détroit reste un levier géopolitique majeur face aux États-Unis et aux marchés énergétiques mondiaux.
Pour Téhéran, le détroit d’Ormuz demeure bien plus qu’un simple passage maritime : c’est un instrument de puissance. Après la dernière guerre régionale et dans un contexte de fortes tensions avec Washington, la République islamique a officialisé le 18 mai la création d’une « Autorité du détroit du golfe Persique », chargée de superviser et contrôler cette voie stratégique par laquelle transite près de 20 % du pétrole et du gaz mondial.
L’objectif affiché est clair : renforcer la souveraineté iranienne sur le détroit et institutionnaliser son contrôle du trafic maritime. Selon plusieurs médias spécialisés, les navires devront désormais transmettre à l’avance des informations détaillées : identité du bâtiment, cargaison, équipage ou itinéraire, afin d’obtenir une autorisation de passage. Les traversées seraient ensuite supervisées par les Gardiens de la révolution, pilier militaire du gouvernement iranien.
Contrôle des câbles sous-marins
Mais derrière l’argument sécuritaire, Téhéran cherche aussi à transformer Ormuz en source de revenus et en moyen de pression géopolitique. Plusieurs médias évoquent la mise en place future de droits de passage pour les pétroliers. Début avril, le Financial Times révélait que l’Iran envisageait un péage d’environ un dollar par baril transporté. Des responsables iraniens estiment que ce système pourrait rapporter jusqu’à 15 milliards de dollars par an, dans un contexte de sanctions occidentales et de pressions économiques persistantes.
L’Iran semble également vouloir étendre cette logique aux infrastructures numériques. Les Gardiens de la révolution ont évoqué l’idée d’imposer permis et taxes aux câbles sous-marins traversant le détroit, notamment ceux utilisés par des géants américains comme Google, Meta, Microsoft ou Amazon. Une manière pour Téhéran d’affirmer sa maîtrise d’un corridor devenu stratégique non seulement pour l’énergie, mais aussi pour les flux mondiaux de données.
Cette stratégie s’inscrit dans une longue histoire de tensions autour d’Ormuz. Pendant la guerre Iran-Irak, la « guerre des pétroliers » avait déjà transformé cette zone en théâtre d’affrontements maritimes. Aujourd’hui encore, la présence militaire américaine dans le Golfe reste massive afin de maintenir une pression sur les côtes iraniennes.
Reste que les ambitions iraniennes se heurtent à plusieurs obstacles. Juridiquement, la mise en place de taxes ou de restrictions pourrait être contestée au regard du droit maritime international. Techniquement, surveiller ou contrôler les câbles sous-marins demeure complexe sous l’étroite surveillance occidentale dans la région. Enfin, une escalade trop brutale risquerait de provoquer une réaction internationale immédiate, alors même que Téhéran cherche aussi à éviter un affrontement direct avec Washington.